All Points East : une grande première pour Bring Me The Horizon

Reading Festival, Glastonbury, Download, British Summer Time, Boomtown, Slam Dunk, Isle Of Wight Festival... Les festivals proposant du rock à leur affiche sont légions de l'autre côté de la Manche. Et comme si cela ne suffisait pas, un petit nouveau a fait son entrée par la grande porte : le All Points East. Pour sa seconde édition en 2019, ils proposaient notamment le premier set en tête d'affiche de festival de Bring Me The Horizon. Enfin !

Oli Sykes et ses acolytes ont surpris beaucoup de monde avec leur nouvel album "Amo", plus mainstream que jamais et à des années lumières de ce qu'ils faisaient il y a de cela 10 ans sur "Suicide Season". Surpris ou non, cet album cartonne et le groupe continue d'accroître sa fan-base à travers le monde. A commencer bien évidemment par son Angleterre natale. Sous-sous-tête d'affiche du Download Festival en 2014 en ouverture de Linkin Park et Fall Out Boy puis sous-tête d'affiche du Reading Festival en ouverture de Metallica l'année suivante, après des présences en milieu d'après-midi et/ou sur des scènes secondaires les années auparavant, Bring Me The Horizon n'ont plus été vus sur ces deux principaux festivals depuis (sans compter le set secret au Reading l'an dernier). Pourquoi ? Car ils ne souhaitent plus jouer les seconds rôles. 

De nombreuses rumeurs ci et là ont parlé de négociations pour voir le groupe en tête d'affiche du Download Festival ces 2 dernières années, sans que cela ne se soit concrétisé. En 2017, le festival a préféré promouvoir Biffy Clyro headliner : ces derniers ayant clôturé avec réussite le Reading Festival l'année précédente (en co-headliners avec Fall Out Boy). Du côté du Reading justement, les têtes d'affiche sont définitivement moins rock depuis (Kendrick Lamar, Post Malone, The 1975... etc). Résultat : malgré un succès qui continue de grimper, un album "That's The Spirit" qui cartonne : BMTH sont toujours bredouille. Du moins jusqu'à ce 31 mai 2019.

L'annonce est tombée le 5 décembre : le quintet allait enfin avoir un spot d'headliner à l'occasion de la seconde édition du All Points East, nouveau festival anglais situé dans l'est de Londres ! Et pour que la fête soit totale, ils avaient carte blanche - du moins officiellement - pour définir l'affiche du jour. Car la spécificité de ce festival est qu'il se tient sur deux weekends consécutifs où chaque journée a une programmation bien à elle. Il n'y a donc pas de camping ou de pass combi classiques comme on peut le voir sur la plupart des festivals. La configuration du festival se rapproche d'un Brussels Summer Festival ou Lokerse Feesten pour comparer avec la Belgique. Résultat : le groupe a décidé d'amener avec eux des groupes qui se rapprochent de tous les styles et de tous les publics qu'ils ont touché depuis leurs débuts ou presque. Cela va du metalcore avec notamment Architects et While She Sleeps au rock avec Nothing But Thieves en passant par le hip-hop de Run The Jewels !

Le festival débutait vers 14h. Trajet depuis Bruxelles et détente dans cette magnifique ville qu'est Londres, ce n'est que vers 16h que nous sommes arrivés sur les lieux. Entrée fluide et contrôle de sécurité digne d'un aéroport, cela n'a pas pris beaucoup de temps pour être sur le festival et faire un petit tour du propriétaire ! Quatre scène : Main Stage à l'est, seconde scène à l'ouest et deux plus petites scènes (une indoor et une outdoor) entre, de nombreux bars et nombreux stands de nourriture en tout genre. Avec des prix dignes des festivals et de l'Angleterre...

Malheureusement, les sets de Employed To Serve et Scarlxrd, notamment, étaient déjà finis à notre arrivée. Les premières notes parvenues à nos oreilles furent du court set de Yonaka, Vuvoki et Idles. Pas de quoi nous mettre dans tous nos états mais cela fait une musique de fond plutôt agréable pour boire une pinte de cidre à 6,50€ et profiter des nombreux points d'ombre de ce festival installé dans le Victoria Park.

Les choses sérieuses ont commencé à 17h30 avec Sleeping With Sirens sur la seconde scène. Public déjà présent en masse et motivé, soleil pétant, son de qualité : tous les ingrédients pour passer un bon moment. Il en manque néanmoins un : un peu plus de voix pour Kellin Quinn. Et quand la voix aigüe du chanteur n'est pas au top, c'est toute la prestation du groupe en pâtit. Toutefois, en 35 minutes de set agrémenté d'un nouveau morceau en avant-première, ce fut agréable. Mais il n'en aurait pas fallu plus ! Enchaînant juste après sur la scène principale, Nothing But Thieves n'a pas paru beaucoup moins énergique. Mais le public encore assez parsemé n'était pas plus motivé que cela pour chanter les quelques hits de la jeune formation britannique. Est-ce que cela s'est amélioré sur le final ? Il faudrait demander aux personnes restées là car nous étions déjà de retour devant la seconde scène pour attendre While She Sleeps. Et nous n'étions pas les seuls ! La foule est déjà bien compacte 10 minutes avant le début des hostilités et il ne fallait pas arriver en dernière pour voir quelque chose.

Avec un quatrième album fraichement sorti 3 mois auparavant, on pouvait s'attendre à le voir prendre la majeure partie de leur set-list : étonnamment non. Heureusement serait-on tenté de dire ! "So What" a laissé la place d'honneur à "You Are We" dont 4 morceaux sont joués cet après-midi sur un total de 7 chansons. Et dès les premières notes de You We Are, c'est le bordel. Les mosh-pit s'ouvrent de partout, la foule est en délire, tout le monde chante et le groupe bouge dans tous les sens sur scène. Bref, un concert de While She Sleeps comme on l'attend ! Ou presque. Car si "So What" ne nous a pas convaincu, "You Are We" n'était pas non plus, de notre point de vue mais pas seulement, l'album du siècle. Et en dehors de ceux deux disques, seul Four Walls du disque "Brainwashed" sera joué et rien du premier album. Où sont passés les Seven Hills et Our Courage Our Cancer ? A la trappe lorsque le groupe ne joue pas en tête d'affiche. L'apogée de ce court set sera finalement Silence Speaks avec le featuring très attendu d'Oli Sykes comme sur le morceau original. Un concert très plaisant, énergique au possible et dont le succès prouve la dimension de plus en plus importante prise par While She Sleeps mais on regrettera malgré tout les anciens morceaux.

Avec seulement 30 minutes entre les concerts de While She Sleeps et d'Architects qui clôturent la seconde scène, nous avons fait l'impasse sur les derniers concerts prévus sur les autres scènes (Run The Jewels et Crows) afin de garder une bonne place et d'être proche du pit lorsqu'il s'ouvrira. On a testé le pit des concerts d'Architects en Belgique et en Italie mais pas encore en Angleterre ! Verdict : c'est du costaud mais vu le nombre de fans présents pour voir Sam Carter et sa bande, ça a parfois du mal à s'ouvrir. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent avec ce show lancé à tambours battants grâce à Modern Misery, premier des 6 morceaux issus de "Holy Hell" joués ce soir ! Et finalement, à part l'ordre de la set-list, il n'y aura pas de surprises avec ce concert. Décevant ? Non. Simplement tout aussi bon que d'habitude ! Architects est devenu une réelle machine de guerre, balançant tube sur tube et profitant d'un succès qui n'a que peu d'équivalent dans la sphère metalcore actuellement. On se demande d'ailleurs ce qu'aurait donné leur set en ouverture de BMTH sur la Main Stage. Mais peut-être n'auraient-ils pas eu le loisir de délivrer un set d'une heure avec tous leurs artifices et effets pyrotechniques ?! Néanmoins, il aurait eu un grand avantage : ne pas voir durant les 3 dernières morceaux des ruées de personnes quittant cette zone pour se diriger vers la scène principale. En effet, le concert d'Architects doit finir à 20h55 et celui de BMTH commencer à 21h00. Hors, le show d'Architects a finalement duré jusque 20h59 quand celui de BMTH commença bien à l'heure. Bien dommage pour le final haut en couleur avec le duo désormais classique Gone With The Wind / Doomsday accompagné de l'hommage à Tom.

Set-list d'Architects : Modern Misery, Nihilist, Naysayer, These Colors Don't Run, Holy Hell, Royal Beggars, Gravedigger, Mortal After All, A Match Made In Heaven, Hereafter, Gone With The Wind, Doomsday.

Crédits : Ed Mason pour Architects.

Il est 21h pile et le moment le plus attendu de la journée est enfin arrivé : Bring Me The Horizon sont prêts à se déchaîner durant 2h devant 40.000 fans venus spécialement pour eux ou presque ! Sans surprise, c'est le récent Mantra qui ouvra les hostilités suivi du duo Avalanche / House Of Wolves tout feu tout flamme. La première surprise finalement viendra du quatrième morceau : Medicine, second représentant du nouvel album "Amo" de la soirée. Pas qu'il soit joué mais qu'il soit joué si tôt alors que les 10 premières minutes du show étaient énergiques au possible ! Mais plus encore que Mantra, il sera repris en choeur jusqu'aux derniers rangs. De quoi chauffer nos voix avant ce qui arrive : Wonderful Life avec Monsieur Dani Filth en featuring et de la pyrotechnie dans tous les sens. On en prend plein la gueule, on prend son pied et c'est ainsi que s'achève ce premier quart de concert haut en couleur. Nous n'avons pas vu le temps mais sommes convaincus d'une chose : les 8 heures de bus sont déjà plus que rentabilisées !

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, loin de là ! Grâce à cette place de tête d'affiche et toute la liberté qu'elle offre, BMTH ont prévu de balancer des hits à la pelle et surtout de mélanger les ambiances au possible avec des titres issus du surprenant "Amo" et des albums précédents. Allant jusqu'au premier album. Par conséquent, le groupe nous gratifie d'un enchaînement bluffant : Diamonds Aren't Forever dont les sing-along nous ont renvoyé dans notre adolescence (avec les paroles indiquées sur écran géant pour ceux et celles qui auraient oublié leur classique), Sugar Honey Ice & Tea sur lequel nous n'aurions pas misé pour la set-list et qui était finalement plus que potable en live, Happy Song en digne représentant de "That's The Spirit" et puis, pour la première fois en live depuis 2016, The Sadness Will Never End. Double joie lorsque nos espoirs ont été concrétisés avec l'arrivée de Sam Carter, alias Monsieur Architects, sur scène pour interpréter ces parties comme sur la version studio ! Et sans lui voler la vedette malgré tout, on notera tout de même que la voix de Sam Carter a mieux évolué ces dernières années que Old Sykes, en tout cas pour chanter du metal.

Une surprise peut en cacher une autre. Après ce featuring aux petits oignons, on aura droit à toute autre chose avec une version acoustique de Sleepwalking... suivi de Pray For Plagues. A votre avis, quel morceau a été le plus raté par l'ami Oli ? Vous serez sûrement tentés de dire le second et pourtant le morceau de la soirée où il sera le plus en deçà sera bien cette version acoustique. Très ému après un long speech où il nous parlera notamment de la consécration de voir enfin leur logo tout en haut d'une affiche, il s'est viandé sur ce titre. Heureusement, le public était là pour le suppléer. 

Can You Feel My Heart, Shadows Moses, Nihilist Blues, It Never Ends... le parcours à travers la discographie - plus récente - du groupe continue. Et lentement mais sûrement, on arrive au dernier quart du concert avec de nouveau les montagnes russes : on passe du splendide Mother Tongue, véritable perle du nouvel album "Amo" au bien plus puissant "Antivist" avec le featuring du jeune chanteur de Lotus Eater pour finir sur Follow You. Est-ce qu'il y avait plus de personnes sur avec les pieds sur terre que de personnes sur les épaules de ceux-ci ? Dure à dire. 

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin, y compris ce festival. Mais ça ne pouvait évidemment finir qu'en beauté. Une dernière surprise durant le rappel ? Non. Mais ne soyons pas difficiles : il y en a déjà eu plusieurs durant les 18 premiers morceaux ! C'est donc sur le duo Throne / Drown que BMTH tire sa référence, laissant des étoiles dans les yeux de dizaines de milliers de fans.

Mission accomplie pour Bring Me The Horizon qui aura prouvé ce soir qu'ils avaient l'étoffe de poser leur nom tout en haut de l'affiche d'un festival majeur. Est-ce qu'ils occuperont cette place au Download Festival et au Reading Festival un jour ? Nous serions tentés de répondre par l'affirmative. Mais que cela ne devienne pas une obsession pour eux ! En ce qui nous concerne, ce nouveau voyage de l'autre côté de la Manche vu un réel succès, tout comme cette première expérience au All Points East. A l'année prochaine ?!

Crédits : When The Horn Blows.