Architects : Un groupe désormais porté vers le futur !

Mardi 18 mars 2014, ils remplissent le Trix Club (430p). Dimanche 8 mars 2015, ils remplissent presque la grande salle du Trix (1000p). Lundi 17 octobre 2016, ils remplissent rapidement cette même grande salle du Trix (1100p). Hier, jeudi 1 février 2018, ils remplissent l'Ancienne Belgique (2000p) et atteignent des sommets que peu de groupes metalcore ont un jour atteint. Leur vie est-elle entièrement rose pour autant ? Non. Il manque une date essentielle : le samedi 20 août 2016, Tom Searle, tête pensante du groupe, perd son combat contre le cancer. Et aucun concert soldout ne remplacera jamais cette perte. Toutefois, ces concerts sont la meilleure façon de lui rendre hommage.

La fraternité, l'amitié, la famille : ce sont des concepts on-ne-peut-plus présents chez Architects. Il n'y a donc rien d'étonnant à retrouver deux groupes qui comptent parmi leurs amis les plus proches dans la scène pour ouvrir cette tournée : Counterparts qui les suivront également fin du mois aux USA ainsi que While She Sleeps. Une affiche 5 étoiles. Et ce sont les Canadiens qui avaient donc la lourde tâche de lancer cette soirée devant un public assez clairsemé. Nouvel album en poche, un petit bijou appelé "You're Not You Anymore", le quintet a démarré en trombe avec le doublé Walk Away Slowly / Bouquet. Ca envoie du lourd sur scène mais l'énergie du groupe ne trouvera pas son reflet dans la fosse. Une dizaine de motivés bougent dans le pit mais on est loin d'un bon concert hardcore. C'est malheureusement un problème récurrent pour les groupes d'ouverture, encore plus quand ils ne sont pas exactement du même style musical que la tête d'affiche : on se rappelle le vent honteux reçu par First Blood lorsqu'ils ont ouvert pour Stick To Your Guns, déjà à l'Ancienne Belgique, fin novembre dernier. Cependant, pas de quoi décourager Brendan et ses acolytes qui ont continué à envoyer la sauce comme si de rien n'était : ils ont bien fait de ne rien lâcher car, même si ça n'a jamais été la folie, le public s'est un peu chauffé au fur et à mesure que ce court set avançait !

Toute leur discographie est passée au crible, excepté leur premier disque "Prophets" certainement inconnu des personnes présentes ce soir. Le petit dernier sera, lui, mis en avant avec pas moins de 7 titres sur les 11 qui composent la set-list. Mention spéciale à No Servent Of Mine et surtout Thieves : morceau en mode rouleau-compresseur de 76 secondes. Impossible, à priori, de ne pas avoir envie de mouliner des bras sur ces riffs. Idem pour la chanson qui suivit : Chocke, un des meilleurs titres de "Tragedy Will Find Us". Et c'est sur le classique The Disconnect que leur show se conclut où on entendra, enfin, des fans clairement donner leurs voix durant leurs sing-alongs. Un peu tard mais comme dit le dicton, mieux vaut tard que jamais !

Set-list : Walk Away Slowly, Bouquet, Stranger, Haunt Me, No Servent Of Me, Witness, Swim Beneath My Skin, A Memory Misread, Thieves, Chocke & The Disconnect.

Copyright : Shoot 'r Rock - Tim Vermoens Photography.

La soirée est ensuite montée d'un sérieux cran avec While She Sleeps, presque autant attendu que Architects ce soir vu la foule amassée dan la salle peu avant 20h et surtout, l'ambiance qui régna durant 40 minutes ! Backdrop à l’effigie de « You Are We », nouvel album du quintet british produit indépendamment de tout label, son au top, jeu de lumières bien travaillé : tous les ingrédients sont réunis pour un gros show ! Sans surprise, c’est sur le titre éponyme que la sauce est lancée et c’est déjà la folie. Show-man de renom, Lawrence n’a qu’un geste à faire ou un mot pour que le public s’exécute : ils lui mangent quasiment dans la main. Peut-être que certains auront essayé durant ces bains de foule ? Tout est possible en concert, dans un élan de folie ou sur un malentendu.

Si Civil Isolation est plus agréable en live que sur album, le premier moment fort de ce concert était clairement Seven Hills, un des plus gros tubes du groupe. La foule est en délire, bouge dans tous les sens, le pit se fait plaisir, le groupe ne tient pas en place sur scène et là, une question nous trotte en tête (nous vous l’avions d’ailleurs posé sur Facebook durant le concert) : à quand une vraie tournée en tête d’affiche du groupe ? Oui, le groupe a fait quelques dates en tête d’affiche en France et Italie avant de rejoindre Architects. Oui, ils ont fait parfois un petit run de quelques dates en Espagne ou Portugal. Mais, en dehors de petits concerts en clubs l’été entre quelques festivals, quand est-ce que le groupe a tournée en tête d’affiche la dernière fois avec un passage en Belgique ? Serait-ce en septembre 2013 lorsqu’ils ont rempli le Kavka ? On vous laisse répondre à cette question en commentaire !

Mais revenons-en au concert de ce soir plein d’intensité malgré seulement 8 titres où le duo Death Toll / Four Walls aura fait mal dans le pit avant de conclure sur deux morceaux du dernier album : Silence Speaks et Hurricane. Un choix logique vu la tournée promotionnelle mais qui n’étaient pas forcément les meilleurs morceaux pour conclure, d’un avis purement subjectif. Plus objectif toutefois car partagé par pas mal de personnes sur place : le gros défaut de la soirée fut les backings des deux guitaristes. La fatigue, le manque d’énergie, l’absence de retouche studio… chacun aura son opinion. Un petit couac mais qui n’enlève rien à la qualité de ce concert qui confirme encore une fois la réputation de bêtes de scènes des Anglais ! On regrette toutefois l’absence de Our Legacy, pourtant pas si vieux, ou Crows, premier tube de l’histoire du groupe.

Set-list : You Are We, Civil Isolation, Seven Hills, Brainwashed, Death Toll, Four Walls, Silence Speaks & Hurricane.

Copyright : Shoot 'r Rock - Tim Vermoens Photography.

Parfaitement chauffés par While She Sleeps, les quelques 2000 fans présents ce soir sont plus que prêts pour accueillir leurs idoles : Architects ! Après 25 minutes de changement de plateau et une introduction lancée sans éteindre les lumières dans un premier temps, les premières notes de A Match Made In Heaven retentissent. Quelle bonne idée de commencer un concert sur ce titre. Pardon, ce tube. Même s’il faut l’avouer, peu de morceaux joués ce soir pourraient ne pas être considérés comme un tube.

Ce sera une soirée avec peu de temps mort, un enchaînement de morceaux plus connus les uns que les autres et une place laissée essentiellement aux deux derniers disques du groupes : ceux qui les ont définitivement fait entrer dans une autre catégorie. Et, de notre point de vue, leurs meilleurs albums ! Que dire du triplé Downfall / Naysayer / Deathwish qu’ils nous serviront en entrée de concert ? Qu’il n’y avait que le titre suivant, Broken Cross, peut rester au même niveau ! Cela fait presque 20 minutes que le concert a commencé et pourtant, on a plutôt l’impression d’y être depuis 20 secondes. La communion entre le groupe et les fans, alors que Sam Carter a à peine dit un mot, est totale. Comme toujours, le jeu de lumière est simplement splendide et le son est préparé aux petits oignons. Le seul moment où la tension est légèrement descendu d’un cran est malheureusement lors du doublé Alpha Omega / Black Blood qu’une partie du public ne semblait pas connaître aussi bien que les titres sortis depuis 2014. Dommage mais c’est malheureusement une conséquence classique d’une succès monté en flèche avec un album en particulier. Demandez donc à des fans actuels de Stick To Your Guns s’ils connaissent What Goes Around ou à des fans de Parkway Drive s’ils connaissent Gimme AD.

La moitié du show passée, nous aurons de nouveau droit à deux titres de "All Our Gods Have Abandonned Us" avec le très bon Phantom Fear ainsi que Gravity. Moment choisi ensuite pour le premier long discours de Sam qui dédia la chanson suivante, The Devil Is Near, à une association qui leur est très chère et que beaucoup de personnes ont connu grâce au groupe : Sea Shepherd qui lutte contre la chasse aux animaux marins. Que ce soit par curiosité ou par conviction, nous vous conseillons d'aller jeter au moins une fois un oeil à leur site pour en apprendre plus sur leurs actions. 

La fin du set approche et c'est l'instant choisi par le groupe pour nous interpréter leur cultissime These Colours Don't Run, qui a énormément voyagé dans la set-list ces dernières années. Faut-il laisser complètement la place aux nouveaux morceaux ? Faut-il garder un tube comme morceau final, que ce soit durant le set officiel ou le rappel bien évidemment préparé ? Les avis divergent. De notre point de vue, plus ce titre est vers la fin du set, mieux c'est : il mérite un public chauffé à bloc et un concert à son maximum d'intensité. Mais ce n'était certainement pas la chanson la plus attendue ce soir : ce n'était certainement pas le cas de Gravedigger parfaitement exécuté juste après. Non, il s'agissait de Doomsday, single sorti le 6 septembre dernier. Un titre que Tom avait commencé à écrire mais n'a jamais eu l'occasion de finir. Ce que ses frères d'arme se sont chargés de faire. Avec brio. Sam a pris un instant la parole pour souligner l'énorme difficulté qu'ils ont eu à enregistrer ce morceau, y compris pour l'écriture des paroles. 

Architects - Doomsday (Live At Ancienne Belgique). Filmé par Edouard Mercier. 

On le savait, ce concert serait rempli d'émotions. Cependant, contrairement au concert au Trix à l'automne 2016, à peine 2 mois après le départ tragique de Tom Searle, où le deuil se ressentait chez chaque personne présente et où le mot d'ordre était la tristesse, le concert de ce soir pouvait se résumer en un seul mot : l'espoir. L'espoir de pouvoir surmonter - on ne parle pas d'oublier - une telle perte. L'espoir de pouvoir faire honneur à son art via la musique qu'il a créé. L'espoir de continuer à rendre les gens heureux autour d'eux. L'espoir de réaliser les rêves et atteindre les objectifs qu'il souhaitait pour ce groupe : son groupe. Cet espoir, cette volonté d'aller de l'avant et le fait que le groupe existe toujours, Architects le doit d'une part à leurs fans et leur énorme soutien mais surtout, dixit Sam, à Dan Searle, frère de Tom qui a fait preuve d'une force incroyable pour surmonter cette preuve. 

Ce magnifique speech de Sam Carter a été entrecoupé de longues minutes d'applaudissement du public : des applaudissements pour Tom qui manque à tous et qui peut être fier de ce qu'il a accompli, des applaudissements pour Dan qui a le courage de continuer à jouer dans ce groupe, à Sam et à Alex qui sont également toujours sur scène ainsi qu'à Josh qui a la lourde tâche de reprendre les parties de guitare de Tom, des applaudissements pour remercier le groupe tout entier pour leur musique, des applaudissements pour les féliciter de nous avoir gratifier d'un concert et, enfin, des applaudissements pour les motiver à continuer le groupe. 

Et c'est évidemment sur Gone With The Wind que le groupe tire sa révérence tout en laissant apparaître durant le morceau le visage de Tom sur le projecteur à l'arrière de la scène ainsi qu'un coeur reprenant ses initiales (T // S). Un projecteur qui aura affiché des visuels splendides pendant près d'1h30. La beauté et la pureté visuelle des concerts d'Architects n'est plus à prouver depuis bien longtemps.

Set-list : A Match Made In Heaven, Downfall, Naysayer, Deathwish, Broken Cross, Dead Man Talking, Alpha Omega, Black Blood, Gravity, Phantom Fear, The Devil Is Near, These Colours Don’t Run, Gravedigger, Doomsday // Rappel : Nihilist, Gone With The Wind.

La veille du concert, nous nous demandions sur Facebook si nous allions assister au meilleur concert de l'année alors que nous étions à peine à la fin du premier mois de 2018. Jusqu'ici, la réponse est oui. Et il faudra un énorme concert d'un autre groupe pour ravir la première à Architects : un avis partagé également par de nombreux fans. 

Rest In Peace, Tom. 

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