Enter Shikari : A Take To The Skies ten years celebration

« And still we will be here, standing like statues ! » Ces mots résonnent encore dans nos têtes alors que nous quittons la salle anversoise du Trix. Peu de mots sont échangés, nous sommes encore tous dans le ressenti de ce qui vient de se passer.

Il est 19h45 le samedi 13 mai, lorsque nous descendons les quelques marches qui mènent aux casiers. En fins connaisseurs de ce qu’un pogo peut avaler, nous y laisserons tous nos effets personnels. Surprise de mauvais goût, alors que l’horloge n’indique que 19h50, les premières notes de Mallory Knox, groupe d’ouverture de cette soirée, résonnent déjà dans le bâtiment avec dix minutes d’avance. Le temps de commander une petite bière et nous pénétrons dans la salle obscure au fond de laquelle le quintet de musicien entame déjà sa deuxième chanson.

Premier constat, le groupe n’a pas l’air d’attirer les foules, malgré la taille restreinte de la salle (environ 1200 places) les gens sont espacés et nous atteignons sans peine le troisième rang. Second constat, Mallory Knox, malgré une bonne énergie de scène, ne parvient pas à chauffer le public présent. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer, mais les appels du chanteur pour la création d’un moshpit débouchent sur une demi-réussite. Sans doute la faute à un style musical certes sympathique, mais bien moins lourd que ce qu’on pourrait attendre d’un groupe ouvrant pour Enter Shikari d’autant plus que, quelques jours plus tôt, c’était le groupe japonais Crossfaith qui avait cet honneur.

Le groupe quitte la scène, les lumières se rallument, la véritable attente commence. L’occasion pour nous de constater les quelques changements apportés à la salle depuis la dernière fois. L’ancien revêtement du sol a été remplacé par un revêtement beaucoup moins glissant en cas de pluie de bières. Les grandes marches à l’arrière de la salle sont, elles, marquées par une lumière bleue. Une bonne chose car ces marches pouvaient devenir un réel danger, dans le noir, lorsque la fosse était en ébullition.

Extinction des spots, hurlements de joies. La salle, à présent pleine à craquer, se prépare pour l’entrée en scène d’Enter Shikari. Un à un, les quatre Anglais viennent se placer en avant-scène et entament « Stand Your Ground, This Is Ancient Life » introduction de leur premier album, « Take To The Skies ». L’enchaînement se fait logiquement avec « Enter Shikari » une fois les musiciens derrière leurs instruments respectifs. Avec cette chanson vient le gimmick de la soirée « And still we will be here, standing like statues ».

Dans la fosse c’est le chaos, impossible de rester en place, ça bouge dans tous les sens. Et l’enchaînement de « Mothership », « Anything Can Happen In The Next Half Hour » suivi de « Labyrinth » n’arrange rien à l’affaire. La chaleur est étouffante. C’est alors que Rou Reynolds, dans son veston en zèbre et sa chemise rouge, s’exclame « Welcome to the Take To The Skies ten years anniversary tour ». Parce que oui, on avait oublié de vous dire, cette tournée est une célébration des dix ans de « Take To The Skies » le premier album du quatuor. Pour l’occasion, ils ont décidé de jouer cet album en entier. Surprise toutefois, la chanson suivante ne fait pas partie de la tracklist de « Take To The Skies ». Mais comment pouvaient-ils l’éviter étant donné la localisation de la salle ? Les Anglais balancent « Antwerpen » pour la première fois depuis quatre ans et le public reprend sa danse endiablée, chauffé à blanc par cette exclusivité.

Le show continue rythmé par les chansons du premier album avec toutefois quelques incartades vers des titres plus récents à l’instar de « Juggernauts » et « Anaesthesist ». La fosse est constamment en mouvement et s’ouvre même presque jusqu’aux murs lorsque Rou réclame un circlepit sur l’intro de « No Sssweat ».

L’ accalmie ne survient que lorsque le leader s’empare d’une guitare acoustique pour « Adieu » qui sera aussi la dernière chanson du set. Le moment pour tous les gens présent dans le pit de récupérer avant le rappel. L’occasion aussi d’entonner « And still we will be here, standing like statues » afin de bien rappeler au groupe à peine parti que nous ne sommes pas encore rassasiés.

« Red Shift » accompagne le retour sur scène des musiciens, suivi rapidement par le rageur « OK, Time For Plan B » qui pousse le public à envoyer ses dernières parcelles d’énergie avant le grandiose final sur « The Appeal & The Minsweep II ». Un moment de folie pure durant lequel le groupe semble étrangement plus calme que d’habitude. Pas de crowdsurfing sur des amplis, pas de danse débridée de la part de Rou. Un final moins dingue que d’habitude donc, mais néanmoins blindé d’énergie.

Après un dernier salut, Enter Shikari quitte la scène définitivement et laisse la salle exsangue. Même si nous aurions vraiment apprécié la présence dans la setlist de « Hoodwinker » dernier morceau en date de la formation, ce n’est que peu de choses face au moment intense que nous avons vécu. À la sortie du Trix, peu de mots sont échangés, nous sommes encore dans le ressenti de ce qui vient de se passer.