First Blood

First Blood sont en tournée européenne cet automne avec leurs amis de Stick To Your Guns. Le second passage sur le vieux continent depuis la sortie de leur nouvel album "Rules" sorti sur Pure Noise Records. L'occasion pour nous de rencontrer Carl et discuter avec lui de musique mais pas seulement !

Salut Carl ! Ce soir, vous jouez en seconde position alors que vous ouvriez la soirée à Bruxelles dimanche dernier. Pourquoi ce changement ?

A vrai dire, on alterne nos deux places avec Silent Planet et cela tombait bien parce qu'aujourd'hui était une soirée spéciale car deux gars du groupes sont Hollandais donc ça leur donnait plus de temps pour voir leurs amis et/ou familles avant le concert. 

Tu peux me les présenter rapidement ?

Johan (guitare) joue dans le groupe depuis un moment déjà mais il tourne aussi avec d'autres groupes, autant européens qu'internationaux. Mon batteur est également batteur dans No Turning Back. Et notre bassiste, qui ressemble à un Japonais, habitue à Vienne. Je suis finalement le seul Américain actuellement.

Et pour les répètes, comment est-ce que vous vous arrangez du coup ?

On ne répète pas, tout simplement ! J'espère juste que tout le monde connaisse les morceaux au moment de monter sur scène, c'est tout. Parfois, ça nous arrive de répéter un peu parce qu'on a du temps entre l'arrivée de notre avion et le premier concert. Ca nous est déjà arrivé de répéter 2-3 jours en studio avant une tournée mais c'est très rare. D'habitude, on ne joue pas ensemble avant le premier soundcheck.

C'est une pratique courageuse ! En tout cas, jusqu'à l'année passée, il n'y avait pas de nouveaux morceaux à répéter puisqu'il a fallu attendre 7 ans pour votre nouvel album "Rules". Pourquoi une si longue attente ?

Bonne question. Tout d'abord, il faut dire que je suis très lent pour composer et je suis quelqu'un qui est toujours très occupé donc rien que pour finir un morceau, ça prend du temps. Encore plus pour les paroles où je suis assez perfectionniste : je veux toujours être sûr d'être confortable avec ce que je vais chanter, être sûr que ça fasse bien ressortir ce que j'ai envie de dire, quand j'ai envie de le dire. A côté de ça, ma vie personnelle a été très compliquée, j'ai divorcé avec ma femme et j'ai voulu déménager, m'éloigner de l'endroit où je vivais mais finalement, je suis resté parce que je voulais rester proche de mes enfants, les voir grandir, tu vois. La famille compte énormément pour moi. Me battre contre tous ces mauvais moments et trouver l'énergie pour me remettre à écrire de la musique n'était pas facile. J'étais plus concentré sur ma vie personnelle à cette époque. Puis Jesse est venu à mon aide et m'a dit : "Hey, si j'arrange tout pour toi, est-ce que tu sauras finir cet album ?". Je lui dois vraiment cet album, je n'aurais pas su le réaliser sans lui. Il m'a aidé à me remotiver à écrire de la musique, à me dire qu'il était temps que je m'y remette.

Et du coup, l'idée de l'avoir en vocal guest sur le disque t'es venu à ce moment-là, pendant que tu écrivais l'album ?

Non, avant même de recommencer à écrire. Quand je l'ai vu m'aider autant, c'était la moindre des choses que de l'aider à participer encore plus à l'album. Il a trouvé le studio, a discuté lui-même avec Pure Noise Records pour sortir le disque chez eux... etc. J'ai vraiment écrit Rules Of Conviction pour que ça lui corresponde, que ce soit vraiment un morceau taillé pour lui. Tu sais, c'est un petit jeune, par rapport à moi en tout cas (ndlr. Jesse a 30 ans alors que Carl a près de 45 ans), c'est un ambassadeur de cette nouvelle génération de kids hardcore, il est straight edge et vegan : il a des valeurs qui sont importantes pour moi.

En quelques sortes, c'est le nouveau manager du groupe pourrait-on dire ?

Grosso-modo oui mais je n'aime pas utiliser ce terme, ça fait trop business tu vois. Tout ce que je peux dire, c'est que c'est un mec qui croit beaucoup en First Blood, il m'a aidé à faire cet album car il croyait en moi et je lui serai toujours très reconnaissant pour ça.

Tous les morceaux de cet album "Rules" parlent de règles sur un thème précis et même sur la liberté (Rules Of Freedom). C'est plutôt original de parler de règles et de liberté en même, tu ne trouves pas ?

J'ai essayé d'expliquer au mieux à travers les paroles mais je comprends que ça puisse paraître contradictoire. On m'en parle souvent. Tu sais, aux Etats-Unis, la liberté est un débat important, on en parle très souvent. Tu es libre d'acheter ce qu'on te vend, on te dit que tu es libre de penser ce que tu veux mais il y a des choses que tu ne peux pas dire... Tu veux être libre ? Tu peux, tant que ça reste dans certaines limites, tant que ça reste dans les règles que certaines personnes ont édictées. 

Est-ce que tu te considères comme quelqu'un de libre ?

Disons que je me sens moins considéré par les conséquences ou répercussions autour de moi. Je suis plus focus sur moi-même. Je ne dis pas que je fais ce que je veux sans me soucier de rien, juste que je fais ce qui me paraît le plus productif. 

Le concept de l'album avec différentes règles pour vivre me rappelle "Live By The Code" de Terror où l'on parle également de différentes règles pour vivre, peut-être plus propres à la vision hardcore.

Effectivement, il y a quelques similitudes. Il y a des règles dont parle l'album que je suis. On fait notre tournée en van, tu sais, on n'est pas du genre à faire une tournée en tour-bus, ça ne nous ressemble pas. Ce qui ne nous empêche pas de s'entre-aider avec les autres groupes. On ne fait pas non plus bande à part. Mais ces règles, que ce soit pour "Rules" ou "Live By The Code" ne se limitent pas qu'à la scène hardcore. Il y a effectivement quelques règles dans la scène si on peut dire mais il y en a beaucoup plus dans la vie extérieure à la scène. Des gens se sentent mal parce qu'ils ne suivent pas les règles qui ont été dictées dans notre monde, ils passent leur vie à se questionner, à se tourmenter parce qu'ils ne suivent pas ces règles, ne rentrent pas dans le monde tu vois. Et c'est dommage : tu ne devrais pas à avoir à te tourmenter à cause des choix imposés par d'autres personnes mais être plus focus sur toi-même. C'est pourquoi j'essaye d'inspirer un peu les gens à travers ma musique. Je ne dis pas que je vais arriver à changer beaucoup de choses mais au moins, j'essaye. C'est pour ça aussi que c'était important d'avoir quelqu'un comme Jesse sur l'album pour parler de convictions. On a des valeurs proches, les kids n'écoutent pas seulement sa musique pour mosher mais écoutent également ce qu'il a à dire. 

Quand on s'est vu à Bruxelles il y a quelques jours, tu m'as dit que tu comptais faire un album plus positif, en faisant moins l'inventaire des choses qui ne vont pas. Ca tient toujours ? Peut-être quelques idées déjà ?

J'essaye d'être positif tous les jours. Rien que pour les gens autour de moi, c'est important, je ne veux pas déverser ma haine auprès de tout le monde même s'il y a des choses contre lesquelles je me bats. Et là, même si j'ai envie de dénoncer des choses, je ne compte pas les enregistrer : voilà comment je me sens maintenant. Je ne veux pas que l'héritage de First Blood ne soit que d'albums plein de colères, tu vois. Le but de ma musique n'a jamais été non plus que les gens se disent : "Fuck the world. Ras le bol des gens. Je vais tuer quelqu'un". Oh non ! Je ne veux pas que les gens vivent ainsi, qu'ils aient de la haine envers tout et tout le monde. Le monde dans lequel on vit actuellement n'est pas en bon état, il y a la guerre partout autour de nous et il faut que cela cesse.

Je suis bien d'accord ! En espérant des jours meilleurs bientôt... Au fait, je voulais te demander, le nom "First Blood" vient du premier film de Rambo ?

Evidemment ! C'est un bon film ! C'est l'histoire d'un mec triste qui se fait rejeter. Des gens ont vu ce film comme une sorte de propagande pour faire la guerre... Il voulait juste s'assurer que tout le monde allait bien, il se battait pour ses convictions. Ca ne signifie peut-être plus grand chose pour les jeunes de maintenant, ce film date d'il y a longtemps (ndlr. 1982) mais en tout cas, oui, c'est de là que vient le nom du groupe. J'ai un tatouage de Rambo depuis longtemps sur la jambe d'ailleurs, cela représente encore beaucoup pour moi.

Tu devrais envoyer ta musique à Silverster Stallone, il aimera peut-être ! En tout cas, merci pour l'interview & on se revoit l'été prochain !

A l'année prochaine !

Vous pouvez lire également les live-reports des concerts du groupe à Bruxelles le 26 novembre ICI ainsi qu'à Amsterdam le 2 décembre ICI.