Foo Fighters - Concrete and Gold

Les Foo Fighters font parti de ces groupes déjà légendaires qu'il n'est plus nécessaire de présenter. Une carrière de 22 ans aboutie comme jamais avec comme chef d'orchestre : Monsieur Dave Grohl. Ancien de batteur de Nirvana, il fait parti des rares êtres-humains à avoir créé deux groupes de légende dans une même vie. Et ce, à seulement 48 ans. Ce multi-instrumentiste aimé de tout le monde a réussi à collaborer à un nombre incalculable de projets à côté de ces groupes et ce avec brio. Le revers de la médaille est qu'il est attendu au tournant désormais à chacune de ses sorties. Ou presque.

Les deux dernières sorties du groupes américain justement ont été assez décevantes : "Sonic Highways" (2014) et "Saint Cecilia" (EP, 2015) sont très rapidement tombés dans l'oubli. Un manque d'inspiration et surtout d'innovation se faisait sentir. Mais, en aucun cas, cela ne laissait présager la fin d'un groupe dont la popularité, déjà énorme, n'a cessé de grandir depuis. La formation et surtout Dave Grohl disposent d'une telle aura et d'un capital sympathie sans commune mesure dans le monde du rock, que l'on imagine mal ce qui pourrait les mettre à mal. Même si on attend toujours le digne successeur du grandiose "Wasting Light" sorti en 2011. Est-ce que cette fois-ci sera la bonne ? Est-ce que ce "Concrete and Gold" est l'album tant attendu par les fans ? Est-ce que ce disque contient de nouveaux tubes pour compléter l'armada du groupe ? Dans l'ordre, on serait tenté de répondre non, non et oui. Ou oui, oui, oui. Explications.

Le premier extrait dévoilé plus de 3 mois avant la sortie du disque, Run, nous avait mis l'eau à la bouche. On avait retrouvé la folie du groupe : une folie qui ne les a jamais quittés en live mais en studio, si. Un rythme endiablé, un scream de Dave de retour et un clip déjanté filmé sous la supervision de ce dernier. En un morceau, ils ont déjà fait mieux que sur les 13 derniers sortis (5 pour "Cecilia" et 8 pour "Sonic Highways"). Le second extrait dévoilé 3 semaines avant la sortie de l'album, The Sky Is A Neighborhood, n'a pas eu le même effet "Waouh" mais reste de bonne facture. Sa rythmique très classique refrain - couplet - refrain - couplet a au moins le mérite d'être vite mémorisée. Ce que l'on retiendra le plus de ce titre finalement, c'est sa thématique et son visuel qui rappelle la célèbre série de NetFlix "Stranger Things" : le surnaturel et effets paranormaux étant des thèmes qui fascinent Dave Grohl. Le nom du groupe vient d'ailleurs de là : Foo Fighters fait référence aux chasseurs de fantômes.

Durant leur tournée estivale et également quelques jours précédent la sortie officielle de ce neuvième opus, nous avons eu l'occasion d'entendre d'autres titres mais pour se forger un réel avis, il fallait néanmoins attendre la qualité studio. Ce qui est désormais fait depuis le 15 septembre de cette année : nous allons pouvoir découvrir ce que ce "Concrete And Gold" vaut concrètement. L'intro T-Shirt avec son petit air des 80's et la douce voix de Dave qui débouche sur Run vous donnera un grand sourire dès la première écoute. Avec Make It Right, c'est un changement total de style : place à un bon gros rock proche des 70's et d'Aerosmith. Pour info, quelque part dans les choeurs, se cacherait Justin Timberlake mais on y reviendra. Sans être fade, ce titre n'a rien de vraiment extraordinaire. 

Toutefois, en 4 pistes, les Foo Fighters viennent de présenter 4 morceaux aux sonorités totalement différentes. Un changement de chanson en chanson qui représente finalement assez bien ce disque : les Ricains ont vraisemblablement voulu dévoiler quelles étaient leurs principales influences et au lieu de les mélanger subtilement pour en faire un mélange homogène, ils ont décidé de prendre le contre-pied pour nous dévoiler des morceaux hétérogènes les uns des autres. Un choix fort, hors du commun et risqué : bref, ça caractérise parfaitement ces dieux du stade !

Un choix (d)étonnant qui oblige donc à considérer ce disque morceau par morceau et non dans son ensemble. On va donc les classer dans différentes catégories : les tubes, les bons, les banals, les mauvais. La catégorie des tubes reprend les deux singles déjà présentés auparavant. Dans la catégorie des bons, on classera sans hésitation La Dee Da qui, avec sa grosse ligne de basse et le scream de Dave, n'aurait pas fait tache sur "Wasting Light". Autre très bon titre qui pourrait presque être un tube si les Foo Fighters n'en avaient pas déjà écrit des dizaines auparavant : Sunday Rain, un des grosses surprises de cet opus puisqu'il est exclusivement chanté par Taylor comme il l'avait déjà fait il y a longtemps sur Cold Day In The Sun. Un morceau bien rock avec un final en crescendo splendide et dont la longue de 6 minutes ne se fait pas du tout sentir. Enfin, on rajoutera The Line dans cette catégorie : un retour aux sources autant dans la composition que dans la production. Un titre qui n'aurait pas fait tache sur "There Is Nothing Left To Lose" (1999).

La catégorie des plutôt banals est bien remplie avec le frustrant et trop long Dirty Water : sur un couplet, sur long pont ou juste en intro de morceau, ce riff aurait vraiment sonné. Mais pas étiré sur une longue chanson de 5'21''... Make It Right, décrit plus haut, est également à ranger ici. Enfin, le titre éponyme Concrete And Gold : rien de particulier à signaler sur le morceau qui conclut ce disque en dent de scie.

Premier de la catégorie des mauvais morceaux, Arrows. Ils se sont tiré une flèche dans le pied : ce titre n'a rien de particulier mais ils l'ont alourdi de choeurs et autres artifices inutiles. Deuxième et dernière piste piste qui se retrouve dans la catégorie des mauvais : Happy Ever After, une longue balade qui ne décolle jamais et qui est proche de l'ennui.

Après deux albums-concept, pour reprendre les dires de Dave Grohl, les Foo Fighters ont voulu sortir un nouvel album plus rock et montrer tout ce dont ils étaient capables. Malheureusement, en dehors des quelques éclairs que sont Run, Sunday Rain ou The Sky Is A Neighborhood, on ne saute pas au plafond. D'autant que les guests de renoms annoncés (Justin Timberlake, Paul McCartney... etc) n'ont strictement rien apporté sur les morceaux auxquels ils ont participés. Sans aller jusqu'à s'ennuyer - la voix de Dave reste unique et quelques solos de guitare ci et là sont toujours divertissants -, ce disque paraît assez commun. Pour un album qui vaut concrètement de l'or, on attendra donc leur dixième album... mais d'ici là, on continuera à savourer leurs concerts toujours aussi mortels !