Headcases sur la toile

 

Formé il y a bientôt 20 ans, Headcases vient d’ouvrir une page bandcamp sur laquelle on accède à la discographie intégrale du groupe, incluant tous leurs inédits, démos et autres B-side. L’occasion rêvée pour retracer la carrière de ce trio Charentais, qui aura fait bouger nombre de têtes pendant plus d’une décennie.

Headcases, c’est la réunion de trois adolescents bercés aux sons des 90’s, qui après la rupture du groupe, donnera naissance à Gâtechien (duo noise déjanté), Mars Red Sky (trio « heavy rock psyché »), et Francky Goes To pointe à pitre, (trio zouk/noise chez qui le guitariste de Pneu officie). Il s’agit donc de Pierre-Louis François, à la guitare et au micro, Laurent Paradot à la basse, et Mathieu Gazeau à la batterie (désormais connu sous le pseudonyme de Mat Gaz).

Headcases, c’est la synthèse parfaite entre Grunge, Pop et Noise. Reflet symbolique d’une génération élevée aux saturations des Sonic Youth,  aux beuglements désespérés d’un certain Kurt Cobain, ainsi qu’aux mélodies accrocheuses et entêtantes de The Posies.

Headcases, c’est aussi l’écho et l’emblème de la scène de Seattle en Charente. Car le groupe n’en est qu’un parmi d’autres ! La scène de Jarnac regorge de groupes similaires que sont entre autres Café Flesh, Mr Protector, Glasnost et MSL Jax.  Une scène qui porte en elle l’origine du titre d’un fanzine, que seuls quelques explorateurs acharnés reconnaîtront : « Jarnac VS Seattle ».

 

A partir de 1996, nos trois compères répètent et enregistrent quelques morceaux, dont le titre « Letter to myself » figurera sur la compilation Silver Action volume 2, éditée par le label Timer Records en 1999.  « I’m used to making love with myself » (qui sera quant à lui diffusé sur une autre compilation du même label) et « Letter to myself » constituent à eux seuls la marque de fabrique des premières productions du groupe.

Hormis une « pochette loufoque », comme le décrit Mat Gaz sur son site web, le groupe enregistre un premier EP très prometteur, « Stoical Artificial Tree », enregistré et mixé à La Nef par Michel Toledo en Février 1999.
On retrouve dans ces 6 titres, la confirmation de ce que le morceau « letter to myself » laissait à présager. Headcases nous livre un condensé de riffs « bas du front », de mélodies torturées, le tout mené par une voix plaintive, assise sur une rythmique implacable. Le groupe signe sur le label Timer Records, et commence dès lors à enchaîner les dates dans le département et la région. Les réactions sont positives, et le public d’autant plus surpris lorsqu’il découvre l’âge des membres de ce trio. En effet, l’âge de ces trois ados se situe entre 14 et 16 ans !

 


 

Le groupe tient ses comptes en vue d’enregistrer leur « véritable » premier album. Ce sera au Black Box, célèbre studio analogique d’Angers. Michel Toledo est une fois de plus appelé pour opérer aux manettes. L’enregistrement paraît en 2001 chez Timer Records.
Un album audacieux, tant au niveau des compositions que de l’esthétique générale.
Pour résumer, voici le commentaire de Mat Gaz à propos de ce disque : «Alors là mes p"tits amis si vous voulez voyager, écoutez ce disque, vous allez voir ce que pouvaient produire 3 teenagers traumatisés par la Noise, et tout le rock underground des 90's... Il se cache plusieurs morceaux en un, les mesures à 4 temps ne courent pas les rues sur cette galette... »
On y retrouve ce que le morceau « I’m used to making love with myself » annonçait : un son de guitare clair à la fois sec et brillant, oscillant avec une distorsion grasse et épaisse. Côté rythmique, les envolées lyriques de la basse s’affirment, et les mesures impaires sont exploitées avec brio par le batteur. Curieusement, si l’on perçoit facilement les influences du groupe, Headcases ne fait penser à personne d’autre, et reste pour beaucoup un ovni difficile à classer.

L’accueil est mitigé : véritable chef d’œuvre pour certains, élitiste voire inabordable pour d’autres, l’album ne parvient pas à convaincre un large public. Il aura pour le moins le mérite d’être authentique et novateur. Ce qui n’empêchera pas le groupe de se produire aux quatre coins de l’hexagone.

Nos trois magiciens feront appel à Peter Deimel, en personne, pour leur second album. Cet homme, tantôt producteur, tantôt ingénieur du son a travaillé pour Chokebore, The Kills, Arthur H et dEUS…
Le trio « barré » d’antan propose désormais des compositions plus abordables, où les couleurs mélodiques « pop » prennent d’avantage de place, sans pour autant altérer l’identité noise du groupe. Le résultat est sans appel : « Welcome the intruder » (toujours signé chez Timer Records) marque un tournant dans l’histoire d’Headcases. Les morceaux semblent plus aboutis, en parfait équilibre entre dissonance et consonance, complexité et simplicité. Comme si leur pop était noise, et leur noise était pop. Voilà peut-être ce qui caractérise le mieux ce qu’est l’esprit de notre trio Charentais… La production de l’album est quant à elle irréprochable et pleine de finesse, ne laissant place à aucun détail.

Le trio mettra un terme à son épopée rock’n roll avec une tournée aux Etats-Unis, en première partie de Riddle of Steel, tournée qui précède la sortie de leur dernier album « Castaway but blessed ».
Un dernier opus enregistré à Chicago par John Cogleton en 2006 (leader du groupe PaperChase) dans les studios de Steve Albini !
Cet album signé chez Ascetic Records frôle la perfection tant les morceaux ont chacun l’allure d’un tube. Ils s’enchaînent sans même nous laisser le temps d’avaler le dernier riff que l’on vient d’entendre. Des mélodies « tubesques » pour ainsi dire, soutenues par des rythmiques ultra efficaces.
Une belle fin - quelque part, ce que certains appelleraient « l’album de la maturité »…

Et c’est sans regrets que le trio se sépare en 2007, riche et fort de cette expérience, qu’ils mettront à profit dans leurs formations respectives d’hier et d’aujourd’hui dont voici la liste :

Pierre-Louis François : Luis Francesco Arena, Pegzio, Rubican, Franky Goes to Pointe à Pitre.

Laurent Paradot : Gâtechien, Captain Parad, La parade de Gâtechien, Laurent Paradot, Parad, Epiq.

Mat Gaz : Billy Gaz Station, Pegazio, Glasnost, Daria, Epiq, Reverend James Leg, Mars Red Sky.

Headcases s’est reformé sous le nom de « Headcases play Nirvana » pour de rares concerts en France, à l’occasion des dates anniversaires des albums de Nirvana (Nevermind, et In Utero).

 

Voici une playlist sélective de 2 titres par album, qui retrace la discographie du groupe – disponible sur https://headcases.bandcamp.com/ :

 

Rare et B-sides : Letter to myself - I’m used to making love with myself

Stoical artificial tree : Lonesome lolly pop lady – Conventional punk rock music is faded away

Horns are really well sharpened : On the dancefloor – The stork flight

Welcome the intruder : Carnival sextimes – Reversed figures

Castaway but blessed : White dreams on a honeymoon – Anxious precious, help dear lover