Interview - Stick To Your Guns

Actuellement en tournée avec Parkway Drive et Asking Alexandria, Stick To Your Guns étaient de passage au Bataclan le jeudi 13 avril dernier. La salle où se sont déroulés les affreux attentats 15 mois auparavant, soit le 13 novembre 2015. Le sujet a évidemment été longuement abordé avec Jesse, front-man toujours aussi engagé de Stick To Your Guns et également Trade Wind dont il touchera un mot en fin d'interview. Mais la tournée, le nouvel EP, le prochain album ou encore son régime alimentaire sont autant de sujets autour desquels nous avons discutés avec lui !

Salut Jesse ! Vous jouez ce soir au Bataclan et je suppose que tu sais évidemment ce qu’il s’y est passé en 2015. Qu’est-ce que ça te fait de jouer ici ?

On a déjà joué ici, avant qu’aient lieux les attentats. Du coup, on s’imagine être là, sur scène, à la place des Eagles Of Death Metal mais tu ne peux imaginer comment ça s’est vraiment passé… Voilà mon sentiment sur ce qu’il s’est passé ici : c’est triste, c’est vraiment quelque chose d’horrible mais il y a un problème de signification derrière cela. Les gens ont eu peur, veulent mettre des barrières entre eux et les étrangers car ils disent que c’est un problème avec les Musulmans mais là n’est pas le problème. Le problème est que nous ne valorisons pas la vie de chacun autant qu’on le devrait à cause de nos religions, notre pays d’origine, la politique ou encore à cause de la langue que nous parlons. Evidemment que nous sommes tous différents mais nous devrions célébrer cela, pas en avoir peur ! Je comprends que cela puisse effrayer d’avoir face à vous des gens complètement différents. Mais le privilège que j’ai grâce à ce groupe est que j’ai pu voyager à travers le monde entier, voir les différentes façons dont les gens vivent et cela n’a rien d’effrayant.

Comme le fait de venir jouer ici ! Je n’ai pas dit à mes parents que je venais au Bataclan...

Exactement ! Et je n’ai pas dit à ma mère que je jouais au Bataclan sinon elle serait morte de peur aussi (rires) !

Depuis que je suis à Paris, ils m’ont demandé de ne pas sortir dans les endroits publics mais je ne peux pas vivre tout le temps dans ma chambre…

Tout à fait. Ce qu’il s’est passé ici est horrible et on doit jamais l’oublier, idem pour les autres horribles événements qui ont lieu dans le monde entier, mais on ne doit pas utiliser ça comme prétexte pour avoir peur ou la haine envers certaines personnes. Au contraire, on devrait en profiter pour rebondir là-dessus et essayer d’arranger le problème, renouer le contacts entre certaines communautés. C’est un sujet assez délicat et je ne compte pas en parler sur scène ce soir (ndlr. le 13 avril, quelques heures après cet interview. Tout le monde est au courant, personne n’a oublié mais ce soir, on va essayer de passer un bon moment, une bonne soirée loin de toutes ces horreurs.

Les attentats, l’élection surprenante de Trump, les élections présidentielles ici en France qui arrivent bientôt… Est-ce que tu as peur du monde dans lequel on vit actuellement et ce qui arrive à court terme ?

Parfois, ça m’arrive oui. Mais la plupart du temps, non. Je suis souvent sur la route. Avant tout, je ne me considère pas comme un Américain. C’est une façon trop cheap de s’identifier soi-même. Vous êtes belges, exact ? Je ne trouve pas que vous devriez vous considérer comme Belges, moi comme Américain ou d’autres personnes ici comme Françaises parce que ce n’est pas un choix que vous avez fait vous-mêmes : on vous l’a imposé à la naissance. Deux personnes se sont rencontrés, ils ont couché ensemble, ils ont créé un petit bonhomme et j’ai débarqué dans le pays où ma mère a accouché. C’est tout. Donc je ne pense pas qu’on devrait s’identifier via notre nationalité. Etre fier de ta culture, je suis d’accord, car tu as grandi là-dedans. Etre fier de l’endroit d’où tu viens, d’accord. Mais s’identifier en disant “Je suis Américain”, je trouve que ça n’a pas de sens. Mais encore une fois, je n’oblige pas tout le monde à être d’accord avec moi ! C’est juste mon opinion. Tu es originaire de Turquie, tu as peut-être un avis différent car vous avez une culture très riche mais la culture américaine est très sombre, plein d’événements effrayants et aussi assez courte. Mes décisions, mes actes, les personnes avec qui je m’entoure : voilà ce qui fait qui je suis. Pas le pays dont je viens.

Les temps sont dures cela fait peur d’imaginer nos enfants vivre dans ce monde, tu ne trouves pas ?

Ca se pourrait. Mais chaque nouvelle génération a entendu le message qu’avaient à dire les générations précédentes. Mais je pense qu’ils se diront : “Ce n’est pas mon bordel. Eux l’ont créé. Pas moi. Mais je vais quand même nettoyer tout ça”. Certains s’en foutent, sont fainéants, restent dans leur petit monde à ne s’occuper que de leurs affaires et pas des problèmes qui les entourent. C’est la vie. Mais j’ai grandi avec le hardcore, cette musique a toujours eu un message important à transmettre et il est important d’avoir une vision de la vie optimiste, qu’il y a toujours quelque chose à faire pour arranger les choses.

Et la musique est importante pour faire passer des messages comme tu le fais ! On est d’ailleurs là pour parler musique et pas que politique. Vous êtes en tournée avec 2 gros mastodontes de la scène metal, Parkway Drive et Asking Alexandria, dans des salles énormes. Comment ça se passe jusqu’ici ?

Je t’avoue qu’on avait peur du fait de jouer en premier. A se demander si les gens viendraient dès le début ou si on allait jouer devant peu de personnes. Mais jusqu’ici, on a joué devant des salles presques pleines, la plupart des gens sont venus dès le début et c’est génial ! Il y a déjà une énorme file dehors (ndlr. plus d’une heure avant l’ouverture des portes) ! Il n’y a pas d’échauffement, le public est chaud dès la première seconde du concert jusqu’à la dernière note de Parkway Drive. On débarque sur scène et bam, c’est déjà le bordel dans la salle, c’est génial.

En espérant que ce soit la même chose ce soir (ndlr. ce ne fut pas vraiment le cas, jetez un oeil à notre live-report). Au fait, avant d’aller plus loin, tu es vegan, exact ? Est-ce que c’est facile d’être en tournée et être végan, que ce soit ici à Paris ou en général ?

Je reviens justement d’un restaurant vegan et on en a trouvé un autre pour après le concert ! Cela doit faire 8 ans que je suis vegan et, contrairement à l’époque, être vegan maintenant est vraiment facile. Il n’y a plus d’excuses comme le manque de restaurants pour ne pas être vegan. Les gens pensent que c’est difficile d’être vegan à Tokyo par exemple car il y a des restaurants à poissons partout… c’est faux. Il y a des restaurants vegan dans tous les quartiers ! Le pays où ça été le plus compliqué est l’Espagne, ils ne sont pas encore à la page là-bas. J’ai été dans un restaurant, je leur ai demandé un plat sans viande. Du coup, ils m’ont demandé si ça allait avec de la volaille (rires)... j’ai dit non. Puis ils ont proposé du poisson, je les ai remballés aussi. Ensuite, ils ont voulu m’apporter des oeufs et du fromage… ils ont essayé, c’est sympa de leur part, mais ils n’ont pas compris le principe de la nourriture vegan.

Une prochaine fois peut-être ! Par rapport à la set-list de cette tournée, comme vous n’avez que 30 minutes, comment est-ce que vous l’avez construite ? La même tous les soirs ?

Oui, même concert chaque soir. On a pris les morceaux qui nous paraissaient être les meilleurs pour un court set ainsi. D’habitude, on joue au moins 45 minutes donc on peut voir plus large mais pas ici. Pour cette tournée, on a juste pris celles qu’on appelle les “Bangers”

Du coup, peu de temps de jeu, pas de de discours ?

Si, un peu.

A la fin du set ?

Au milieu.

Oh, c’est cool ! C’est votre seconde date en France cette semaine puisque vous avez fait aussi un show spécial à Lille hier, durant un day-off de la tournée avec Parkway Drive…

On ne savait pas trop à quoi s’attendre. On est arrivé tôt, on s’est baladé un peu dans la ville et puis on a eu énormément de monde pour le concert, c’était super !

Vous allez également faire un concert spécial au Impericon Fest de Munich le 30 avril pour finir cette tournée…

Tout à fait. On a lancé un concours pour que les gens choisissent eux-mêmes la set-list. Sur cette tournée, on a joué à Munich il y a quelques jours. Mais ils voulaient également nous revoir à la fin de la tournée pour le festival mais ils nous ont dit qu’il faudrait faire quelque chose de différent du coup. Il y a presque un mois entre les deux dates mais il y aura sûrement des gens qui feront les deux concerts donc c’est plus sympa de proposer un show différent. Et on a donc proposé que les fans choisissent eux-mêmes la set-list.

Et vous vous attendez à quoi comme set-list au final ?

Sûrement la même que l’on joue habituellement (rires) !

Vous avez changé de label l’année passée, passant de Sumerian Records à Pure Noise sur lequel vous avez sorti un nouvel EP. Pourquoi ce changement ?

On était arrivé au beau de notre contrat avec Sumerian. Et nous sommes amis de longues dates avec les gars de Pure Noise. On savait que plusieurs labels voudraient nous signer et ils nous ont dit : “Avant de signer un contrat, venez-nous et voir et on vous offrira mieux”. Et effectivement, ces gars sont géniaux, c’était le meilleur choix à faire pour nous. Ce n’est pas un businessman qui a monté ce label mais un vrai fan de punk.

Et pourquoi un EP ? Pourquoi pas attendre jusqu’à un nouvel album ?

Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas sorti de nouvelle musique (ndlr. le dernier album “Disobedient” est sorti le 10 février 2015 et cet EP est sorti le 23 septembre 2016). On travaillait déjà sur un nouvel album et une fois qu’on a eu ces cinq-là, on s’est demandé si on attendait d’en avoir entre 5 et 8 de plus ou si on sortait déjà celles-là. Et tu te doutes de la réponse, on a décidé de sortir un EP avec ces cinq-là. On n’avait jamais sorti d’EP avant donc c’était aussi une bonne occasion de le faire.

Est-ce qu’on aura le nouvel album cette année ? Et en quoi il sera différent de “Disobedient” ?

On l’enregistre à la fin de cette tournée et il sortira vers la fin de l’année. Il sera différent de “Disobedient” parce que… je ne sais pas (rires) ! Comme toujours dans Stick To Your Guns, il y aura toujours des messages politiques et sociaux. Mais musicalement, ce sera plus péchu. Il faut dire que “Disobedient” était moins rentre-dedans, on s’est écarté de ce style et même si on ne se donne pas un style très précis au groupe, on veut revenir à un style plus heavy comme on l’a fait sur des disques précédents.

Hâte d’entendre ça ! Et après ces tournées en support de Parkway Drive, d’Architects, est-ce qu’on aura droit à une tournée en tête d’affiche la prochaine fois ?

On sera en tournée en tête d’affiche en novembre et décembre en Europe pour présenter leur nouvel album !

Super ! Dernière question : vous jouerez à nouveau au Groezrock dans 2 semaines. Quel est votre meilleur souvenir en Belgique, que ce soit au Groez ou à un autre concert ou festival ?

Tous les concerts en Belgique sont toujours géniaux ! Jouer en Belgique, tout comme en Allemagne, c’est comme jouer à la maison. On joue en Belgique ? On sait que ce sera mortel. On joue près de la Belgique ? On sait que ce sera mortel. Et le Groezrock ? Toujours génial ! Cette année, j’y joue le même jour avec mes deux groupes : Trade Wind et Stick To Your Guns. Une magnifique journée en perspective !

On y sera également ! Merci pour l’interview et on se voit le 29 avril au Groezrock !

Merci les filles ! On se voit là-bas !