Linkin Park - One More Light Live

Jeudi 20 juillet 2017. Le monde entier retient son souffle : l'annonce du décès de Chester Bennington dans de nombreux médias et qui se propage comme une trainée de poudre est-elle vraie ou s'agit-il encore une fake news macabre ? Les minutes passent très lentement, l'information semble se confirmer puis s'officialise malheureusement avec un Tweet de Mike Shinoda aussi bref que significatif : "Shocked and heartbroken, but it's true. An official statement will come out as soon as we have one."

Nous venions de perdre une légende, un chanteur hors-pair, une idole pour plusieurs générations, une personne appréciée de tous ceux qui l'ont connu : à seulement 41 ans, Chester Bennington n'avait plus rien à prouver. Il s'en est allé au sommet de son art. Et sans surprise, les hommages se sont multipliés à travers le monde entier avec en point d'orgue ce concert magistral le 27 octobre à Los Angeles : "Linkin Park and Friends Celebrate Life in Honor of Chester Bennington" où des célébrités, amis et fans, du groupe se sont succédés sur scène. Tantôt pour chanter les parties de Chester, tantôt pour jouer aux côtés des 5 autres membres de Linkin Park. Ce concert fut retransmis en direct sur YouTube et donc en streaming gratuit. Est-ce cette disponibilité gratuite ou les quelques erreurs musicales ou techniques, plutôt logiques, du concert qui font que celui-ci n'est pas disponible en DVD comme dernier hommage du groupe à son défunt chanteur ? Probablement. Mais Linkin Park a prévu autre chose pour rendre hommage à Chester de la meilleure des manières et également faire plaisir aux millions de fans : un disque live de la tournée européenne de "One More Light" pour entendre une dernière fois en haute qualité la douce voix de Chester. C'est ce disque que nous chroniquons aujourd'hui, en essayant d'être un minimum objectif malgré l'émotion qui nous entoure.

Première chose étonnante : il n'y a que 16 morceaux reprises sur l'album. Hors, le groupe avait l'habitude de jouer près de 25 morceaux sur cette dernière tournée. Pourquoi ce tri ? Cela s'explique notamment par la tournée en tant que telle : elle avait pour but de promouvoir le très controversé "One More Light". Mettre en avant les titres de ce dernier était certainement une façon de mettre sur le devant de la scène les derniers efforts studio de Chester. Mike Shinoda avait présenté ce disque live avec ces mots : We dedicate this live album to our brother Chester who poured his heart and soul into One More Light. Chester was uniquely passionate, uncommonly generous, sensitive, optimistic, funny and kind. His dedication to bringing these songs to life was triumphant. For those of you who attended this tour in person, we thank you. For those who could not, we hope this live album gives you a glimpse into how magical these shows were for the six of us. Un album qui est donc dédicacé à Chester et à tout son travail dans "One More Light". Sur les 16 titres de la track-list, la moitié provient de leur dernier opus.

De "One More Light", nous retrouvons donc dans l'ordre : Talking To Myself, Battle Symphony, Invisible, Nobody Can Save Me, One More Light, Good Goodbye, Sharp Edges et Heavy. Un nombre énorme qui prouve l'amour que porte le groupe pour ce disque. Retrouver Talking To Myself qui ouvrait le concert chaque soir, les tubes Heavy, Battle Symphony et One More Light ou Sharp Edges rarement jouée avec ici une belle version acoustique menée par Chester n'a rien de très surprenant. Linkin Park jouait généralement 4 ou 5 titres de "One More Light", excepté sur quelques dates en salle où le quota pouvait monter à 7. Mais les Battle Symphony, Invisible et Nobody Can Save Me étaient de notre point de vue dispensables. Si le but du groupe avait été de rendre un hommage général à Chester sans cibler un minimum leur dernier opus, la set-list aurait probablement été différente. Si nous devions sortir des morceaux du lot, nos coups de coeur, ce seraient Heavy, Sharp Edges et Good Goodbye qui fut enregistré au concert spécial à la Brixton Academy de Londres où nous avons eu la chance d'assister. Même si nous aurions bien aimé avoir la version de Heavy au Hellfest : un morceau qui n'a d'heavy que le nom dans un festival où tout est heavy et qui, malgré tout, fut une grande réussite. 

Le cultissime "Hybrid Theory" n'est que peu représenté malheureusement avec deux des titres les plus connus du groupe : In The End et Crawling dans sa splendide version acoustique de 2017, n'en déplaisent à certains fans. Quant à In The End, nous avons encore une fois droit à un extrait de leur concert à Amsterdam du 20 juin dernier : le concert le plus représenté sur cet album en live mais nous en parlerons plus loin. Chaque soir, le groupe laissait le public chanter seul une partie du morceau culte : parfois l'intro, parfois un refrain, parfois près de la moitié du morceau. Cela dépendait certainement de leur feeling avec le public du soir. Ici, c'est bien LP qui lance le morceau... et le termine. Seul une partie du refrain en milieu de morceau est laissé au public feu comme la braise en pleine action : certainement le meilleur moment pour laisser les fans faire entendre leurs voix. Mais où sont passés les Papercut, One Step Closer ou A Place For My Head très rarement joué et qui fut monstrueux à leur concert londonien auquel nous avions assisté ?! Tous rayés de la set-list.

Mais cet album s'en sort malgré tout mieux que "Meteora" qui ne doit sa présence qu'au seul Numb. Même Faint qui a clôturé la quasi totalité des concerts (rappels non compris) n'a pas été repris. Somewhere I Belong et Breaking The Habit sont également passés à la trappe. Faire des choix est logique mais ici, le choix est illogique. Est-ce que deux "morceaux de clôture" auraient fait tache sur le disque ? Pas du tout. L'ambiance live s'y prête parfaitement. On notera ici un des principaux défauts de ce "One More Light Live". 

Nous en sommes donc à 11 titres. Les 5 restants sont issus de "Minutes To Midnight" (What I've Done, Bleed It Out, Leave Out All The Rest), "Living Things" (Burn It Down) ou ne sont sortis sur aucun album, ce qui est le cas pour New Divide. La présence de What I've Done et Bleed It Out ne souffrent d'aucune contestation. Ce qui n'est pas le cas de Leave Out All The Rest dont le réarrangement est le seul qui ne rend finalement pas honneur à la version d'origine. Quand d'un côté, ils adoucissent avec succès le puissant Crawling, ils ont essayé de l'autre côté de rendre plus rock ce doux Leave Out All The Rest avec un résultat qui nous laisse perplexe. Il aurait pu laisser sa place à tant d'autres morceaux : Waiting For The End ou Castle Of Glass par exemple. La présence de New Divide, devenu rapidement un tube majeur du groupe depuis sa sortie en 2009, n'a rien d'étonnant pour sa part, ni Burn It Down qui n'a jamais quitté la set-list de cette tournée qui en second morceau de la set-list, retrouve logiquement cette même place sur la track-list de ce disque live.

Nous le disions précédemment, le concert à Amsterdam du 20 juin est très présent avec pas loin de 6 morceaux sur les 16, soit près de la moitié ! Sachant que le groupe s'est produit à 17 endroits différents sur leur dernière tournée européenne, plus de concerts auraient pu être représentés. Le concert à Amsterdam était-il si bon ? N'ont-ils pas enregistré chaque concert ? Certains festivals ont-ils refusé de donner leur accord ? Des choix dû à la set-list voulue ? Il faudrait demander au groupe.

Les autres morceaux sont issus des concerts à Berlin (3), du Telekom Festival en Hongrie (3), du concert intimiste à la Brixton Academy (2), de l'Impact Festival en Pologne (1) et du dernier concert de Chester à Birmingham (1). Ce dernier concert fut le plus long de la tournée avec pas loin de 26 morceaux : un concert d'anthologie pour les fans qui, ce soir-là, ne savaient pas qu'ils assistaient à la dernière performance live de leur idole. 

Une idole qui a marqué à vie tous ceux qui l'ont écoutée, tous ceux qui ont aimé Linkin Park : que ce soient à leurs débuts ou sur la fin. D'un point de vue tout à fait personnel, j'ai beaucoup apprécié ce disque car, même si la set-list est un peu décevante, il offre une dernière version de qualité de la voix de Chester telle qu'elle l'était encore 2 semaines avant son suicide. Et rien que pour ça, ce disque vaut de l'or.

Nous laissons le mot de la fin à Linkin Park pour un dernier au revoir à notre ami commun Chester Bennington : Nos coeurs sont brisés. Tu as touché tellement de vies, peut-être plus que tu ne l'as réalisé.Ton absence laisse un vide qui ne pourra jamais être rempli, une voix pleine d'entrain, drôle, ambitieuse, créative, gentille et généreuse manque dans la pièce.

La vidéo ci-dessous est un montage vidéo de fans reprenant des extraits de chacun des 6 concerts repris dans l'album live. Bravo à eux.