Linkin Park : Un dernier concert d'anthologie à Londres !

Ce mardi 4 juillet 2017, Linkin Park jouaient un concert spécial à la célèbre Brixton Academy de Londres. Un show intimiste étant donné la capacité de la salle : seulement 4900 personnes contre les 20.000 de leurs salles habituelles ou les plus de 50.000 sur chacun des festivals où ils jouent en tête d'affiche. Nous savions évidemment que ce serait une soirée mémorable malgré le nouvel album très controversé "One More Light". Ce que nous ne savions évidemment pas, c'est qu'il s'agirait de l'avant-dernier concert de Chester et probablement de Linkin Park...

Aucune première partie n'était prévue pour cette soirée. Tout le monde était là pour voir LP et rien d'autre. L'équipe de la célèbre salle du sud de Londres l'avait bien compris : devant la grande file de fans qui longeait encore les trottoirs, le nombre de vigiles a été augmenté pour accélérer les fouilles et l'entrée dans la salle. A ça s'est rajouté un retard de 10 minutes pour être sûr que personne ne manquerait une seule miette de ce show tant attendu : "We know you pay for it, you won't miss it !", chapeau bas amis anglais. Chapeau bas également pour cette salle construite en 1929 et qui est tout simplement grandiose ! Chapeau bas aussi pour le prix des boissons : quand les Parisiens vendent une pinte de bière Heineken pour 10€, les Londoniens vendent une pinte de Carlsberg et un Red Bull pour 9€ et en plus, donnent de l'eau fraîche gratuitement en fin de soirée ! Chapeau bas pour le son qui était presque parfait !

Vers 20h40, les lumières se sont enfin éteintes pour laisser place au sextet ricain. Via leurs réseaux sociaux, ils avaient promis une set-list un peu différente avec quelques surprises. Jouer exactement la même set-list que la veille où ils avaient joué à la grande O2 Arena de Londres (20.000 personnes) simplement devant 4900 personnes n'aurait pas eu beaucoup de sens. Toutefois, il a fallu attendre la neuvième chanson pour avoir du changement. Le premiers tiers du concert a été semblable trait pour trait au reste de la tournée avec une prédominance des nouveaux morceaux et One Step Closer comme seul ancien. Pas de quoi gâcher notre plaisir avec certains titres qui passent finalement fort bien l'exercice live comme Talking To Myself et Good Goodbye avec Stormzy en special guest. La foule est en délire, un petit pit s'est ouvert au devant de la scène et la salle s'est transformé en un véritable four. Mais One Step Closer a évidemment été le point d'orgue de cette première demi-heure de show intense.

Des surprises, il y en a eu des bonnes et des moins bonnes. Pas présente habituellement sur la set-list classique, nous avons ensuite eu droit à Nobody Can Save Me avec Jon Green en featuring à la guitare qui avait participé à la production du morceau en studio. Un morceau plat à mourir et qui n'est pas franchement meilleur en live. Seules les paroles ont du sens maintenant la tragédie connue... Après ce demi-flop, l'ambiance est encore montée d'un cran avec le très bon New Divide qui a déjà 8 ans et, surtout, avec une des grosses surprises de la soirée : Points Of Authority ! Une première depuis 2 ans apparemment et surtout, journée au complet. Personnellement, c'est avec cette chanson que j'ai découvert Linkin Park : l'émotion était grande. Dommage de nous avoir sorti un Invisible assez mou juste ensuite, même si cela avait l'air de plaire au public.  Extrait vidéo ci-dessous.

On est resté dans une partie plus douce du set avec également Waiting For The End avec la présence la présence de Brad derrière le clavier central de Mike. Pour quelques morceaux d'ailleurs, Brad, Dave et bien sûr Mike se sont succédés derrière l'instrument. Pour ce titre, comme beaucoup d'autres, Chester s'est offert un bain de foule. Il a sûrement passé 1/5 du concert à la barrière au plus près possible de ses fans. Une chance et aussi une récompense pour ceux qui auront passé la journée dehors pour être proche de leurs idoles. De ce fait, sur le morceau qui a suivi : le cultissime Breaking The Habit, les voix des fans étaient parfois plus fortes que celle de Chester, preuve de l'ambiance incroyable de cette soirée. Personne à ce moment-là ne pouvait s'imaginer que sa carrière allait prendre fin brutalement ce 20 juillet. Son sourire à faire pâlir le Joker, sa volonté d'être proche de ses fans à la moindre occasion, son énergie durant l'intégralité du concert, ses prestations vocales de qualité même si son scream n'est évidement plus celui de ses débuts... Non. Rien. Rien ne laissait présager une telle issue. Pas même les paroles du titre éponyme One More Light magnifiquement interprété ensuite en semi-acoustique : "Who cares when someone's time runs out? If a moment is all we are. We're quicker, quicker. Who cares if more light goes out?". Ses paroles, comme bien d'autres sur cet album très critiqué, également dans nos pages, étaient-elles un appel à l'aide ?

Breaking The Habit a marqué un tournant dans ce concert, pile à la moitié de celui-ci. A partir de là, le quota nouveaux / anciens morceaux s'est clairement inversé. Pour notre plus grand bonheur à tous. Mais n'allez pas comprendre ce que l'on n'a pas dit : cette première partie de show était vraiment bonne, même mieux qu'espéré. Simplement, cette seconde partie de show sera encore meilleure ! 

Parmi ces plus vieux morceaux, certains ont été réarrangés par le groupe cette année. Leur plus grande réussite : Crawling. La version d'origine est un réel bijou. Mais cette version acapella est, dans un autre style, bluffante et vous prend aux tripes. Cette version a été longtemps décriée par les fans critiquent Linkin Park de devenir trop pop, trop commercial... etc. Oui, ils ont pris une nouvelle direction musicale qui n'a pas plu à tout le monde et la plupart des nouveaux morceaux sont plus doux. Nous avons fait parti de cette majorité qui ont décrié cet album en version studio et notre avis reste le même. Cependant, le groupe restait une bête de scène. Et cette décision forte de réinterpréter Crawling de cette manière est une idée de génie. Simplement, comme leur set dans sa globalité est un poil moins énergique avec une large place laissée à "One More Light", ceci passait mal auprès des puristes : comprenez par-là ces fans de la première heure qui n'acceptent pas le changement et ont arrêté de suivre le groupe 3 voire parfois 2 disques.

Toutefois, tous leurs réarrangements ne sont pas vraiment des réussites. Celui qui a suivi Leave Out All The Rest est à l'inverse de Crawling : rendre un morceau doux plus rock. Avec une réussite plutôt mitigée. Peut-être ont-ils voulu prendre les fans à contrepied ? Ou simplement équilibrer leur set qui était peut-être trop pop ? Quoi qu'il en soit, la version d'origine ou du moins comme jouée en live en 2 ans n'aurait pas déplu. Certes, on pinaille mais on ne peut pas non plus dire Amen à tout, exact ? 

Autre demi-surprise : la présence de A Place For My Head pour un album "Hybrid Theory" finalement bien mis en avant avec 6 titres, juste derrière "One More Light" évidemment et ses 7 titres. Avant de débuter ce titre, ce fut au tour de Mike de descendre prendre un bain de foule en prenant le temps au passage de dire bonjour à deux stewarts et leur demander si tout va bien pour eux. Sympa le mec ! A quelques mètres de là, le pit s'était ouvert au maximum dans une foule très compacte où seule une quinzaine de personnes savaient un peu mosher. Le groupe ricain n'est plus un groupe de nu-metal, style auquel le groupe a refusé plusieurs fois d'être apparenté, et cela se voit dans le public. En quelques années, le sextet est passé du statut d'idoles d'une génération rebelle du début des années 2000 au statut d'être parmi les plus gros groupes de rock actuels. Et de rock, il sera question avec What I've Done, de mémoire le premier single sorti pour l'album "Minutes To Midnight" qui avait marqué un premier tournant dans l'histoire du groupe il a de ça déjà 10 ans. Un titre come toujours repris en coeur et qui aura bien chauffé la foule, si besoin en était, pour chanter acapella l'intro de In The End ensuite, encore  un nouveau réarrangement du groupe. Lorsque vous entendez ce titre pour la première fois en live et d'une si belle manière, dure de ne pas laisser couler une petite larme au coin d'oeil. Ce morceau a bercé les oreilles de toute une génération pendant de nombreuses années et le fera encore longtemps, que ce soit en souvenir du bon vieux temps ou en hommage à Chester Bennington : "I tried so hard. And got so far. But in the end. It doesn't even matter. I had to fall. To lose it all. But in the end. It doesn't even matter"

Et c'est avec toujours autant d'énergie que l'on a encore droit à Bleed It Out avant le faux départ du groupe pour préparer un rappel qui n'en est pas vraiment un. On vous laisse le soin de discuter de ce sujet avec l'ami Dave Grohl ! Est-ce que lui aurait aimé qu'on lui retire son seul solo du concert ? Pas sûr. Quoi qu'il en soit, le moment habituellement laissé au solo de Rob a laissé place à une improvisation au rap - certainement bien préparée - de Mike avant un final comme d'habitude en accéléré.

Pour ce rappel, pas de surprise particulière par rapport au reste de la tournée. Ce qui signifie que l'on a dû écouter le dispensable Sharp Edges, balade molle au possible issue de "One More Light". Oui, la voix de Chester est belle. Mais la mélodie est d'un cliché et d'une facilité accablante. Et si l'ambiance chaleureuse du concert fait vite passer ce moment, on n'aurait pas dit non plutôt à Somewhere I Belong qui était généralement joué sur cette tournée ! Au moins, cela nous a permis de reprendre encore un peu notre souffle dans cette fournaise avant le quatuor final de haut vol : Numb, Heavy, Papercut et Faint. Des tubes, encore et encore. Que dire de ce final ? De l'hystérie sur Numb au scream final de Chester sur Faint, il n'y avait rien à jeter. Le petit nouveau Heavy n'a pas à rougir à l'applaudimètre par rapport au reste du rappel. Quant à Papercut, il a rappelé une dernière fois à quel point l'album "Hybrid Theory" était monstrueux. Le lâcher de ballon sur le final pour Faint a permis de ramener un souvenir en plus !

En environ 1h50, Linkin Park ont délivré un concert d'anthologie. Preuve d'un groupe au sommet de sa forme et au succès mondial. Malgré un dernier opus plus pop que jamais, le groupe originaire de Californie n'a rien perdu de son énergie, de son enthousiasme et de sa volonté de donner le meilleur de soi-même. Que du contraire. Cette dynamique à se réinventer non-stop, à réinterpréter ses propres morceaux de façon totalement différente avec très souvent une grande réussite, peu de groupes l'ont. Ou du moins, peu ont osé s'y essayer. Ce concert était déjà unique de part son côté exclusif dans cette salle mythique de Londres mais foutrement petite par rapport à leur succès actuel. Annoncé seulement un mois auparavant, les billets étaient partis comme des petits pains. Avec le recul et la tragique disparition de Chester, ce concert intimiste prend une nouvelle dimension. Ce 4 juillet, c'était un groupe au sommet de son art qui se présentait devant nous. Ce 20 juillet, ce même groupe se retrouve dans le chaos total, amputé à jamais d'un chanteur, un musicien, un frère d'arme. Né Chester Charles Bennington le samedi 20 mars à Phoenix en Arizona, il était un chanteur unique, incomparable et irremplaçable. Petit, il s'imaginait être une rock star en étant le cinquième membre de Depeche Mode. Aujourd'hui, il est parti en étant de fait une rock star mais de son propre groupe, Linkin Park. Repose en paix, Chester