Lollapalooza Paris : Découverte d'un nouveau festival !

Via le tout (trop) puissant Live Nation, la franchise Lollapalooza a débarqué dans la capitale française pour une première édition ces 22 et 23 juillet 2017. Paris s'ajoute donc à Buenos Aires (Argentine), Santiago (Chili), Sao Paulo (Brésil), Chicago (Etats-Unis) et Berlin (Allemagne) qui accueillera en septembre sa seconde édition. Nous sommes loin de l'esprit dit underground du festival américain des années 90's où se succédaient Soundgarden, Jane's Addiction, Sonic Youth, Cypress Hill, KoRn, Ramones ou encore Rage Against The Machine. En 2017, c'est un festival résolument plus mainstream avec The Weeknd, Red Hot Chili Peppers, DJ Snake, Lana Del Rey, Imagine Dragons, Editors ou encore London Grammar. Une affiche qui a bien évidemment fonctionné avec 110.000 personnes en deux jours sur une maximum possible de 120.000 personnes !

Nous nous sommes donc rendus à Paris le dimanche 23 juillet. Premier constat : ils n'ont pas lésiné sur les dispositifs de sécurité. Avant même d'arriver au check-point pour avoir son bracelet, il faut déjà passer par 3 contrôles. Au total, ce sont 5 contrôles de sécurité qui sont prévus avant d'entrer sur la plaine du festival : un vrai parcours du combattant mais malheureusement nécessaire vu les temps qui courent. A niveau-là, pour un première édition, ils sont presque au point et c'est assez fluide. A une heure de l'ouverture des portes, soit vers 11h15, il y a seulement quelques centaines de personnes déjà amassées à l'entrée : ne cherchez pas plus loin l'explication, ce sont soit des groupies des Red Hot Chili Peppers, soit des groupies de Lana Del Rey. Verdict une heure plus tard : 90% de ces jeunes étaient là pour se placer au premier rang pour Lana Del Rey avec quelques intrus fans de Don Droco qui ouvraient la même scène et seulement 10% étaient là pour les Red Hot Chili Peppers.

Le site de l'Hippodrome de Longchamp est gigantesque avec une capacité journalière allant jusqu'à 60.000 personnes répartis sur 4 scènes : les deux Main Stage proche l'une de l'autre et deux scènes secondaires, une plutôt electro et une plus intimiste pour des jeunes talents ou des groupes qui rendent mieux en live sur des scènes plus petites. Au milieu de ce site, l'organisation a voulu insister sur le fait que c'était une édition parisienne... en y installant une petite Tour Eiffel ! Niveau décoration, c'était d'ailleurs plus que convenable : le site était vraiment chaleureux, il y faisait bon-vivre et l'ambiance finalement très amicale malgré la taille du festival. Etonnamment, les défauts de ce première édition se situent dans les bases d'un festival : le manque de rapidité aux bars et surtout, les files d'attente interminable pour aller aux toilettes... Avez-vous déjà vu un festival où il n'y a que des toilettes et pas d'urinoirs pour les hommes ? Nous, non. Quelle idée ! Du coup, en plus du nombre de toilettes insuffisant, les files étaient plus longues que généralement en festival vu qu'hommes et femmes faisaient la file pour les mêmes toilettes. Une fois passé 17h, il fallait compter presque une heure pour pouvoir se soulager en 30 secondes. Mais à côté de ça, l'organisation pour les concerts était réglé comme une horloge suisse et le son comme dans une bonne salle belge, à une exception près dont on parlera plus tard. Un décalage surprenant !

Nous sommes restés devant les deux Main Stage où Don Broco ouvraient la journée dès 12h45 : seul groupe de la journée à n'avoir d'ailleurs droit à moins d'une heure. Les Anglais ont fait leur job devant une poignée de personnes : à vue de nez, peut-être 2000 personnes. La foule clairsemée ne donnait pas l'impression d'être plus nombreuse. Le seul moment retentissant de leur concert : essayer d'expliquer au public venu en partie pour Lana Del Rey comment faire un wall of death avec un peu de réussite au final. Au moins, c'était du rock. Ce qui allait suivre sur la Main Stage 1 non loin de là Main Stage 2 l'était beaucoup moins : Charli XCX. Cette jeune chanteuse a un succès qui aurait normalement dû lui offrir une place plus haute que d'ouvrir cette scène. Peut-être une volonté des organisateurs ? Elle aurait eu sans soucis sa place en soirée sur une des scènes secondaires. Mais bref, elle était sur la Main Stage, l'occasion pour nous de juger ce que cela vaut en live. Autant le dire tout de suite, ce n'est vraiment pas un style qui nous fait hocher la tête mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle sait mettre l'ambiance. Le public est déjà bien plus en nombre que pour Don Broco quelques minutes auparavant : cette fois, le festival est vraiment lancé ! Ses tubes tels que Roll With Me, Break The Rules, I Love It (original enregistré avec Icona Pop) ou Bounce ont fait bouger la plaine du Lollapalooza pendant une heure longue de 14 chansons. Un public plus féminin que masculin d'ailleurs.

Changement total de registre ensuite avec le papy Seasick Steve sur la MS2. Un papy de 76 ans et qui n'a peut-être plus toutes ses dents mais qui n'a rien perdu de son énergie et encore moins de son groove, autant vocal qu'à la guitare. Assis sur sa chaise, ce cow-boy aura rendu jaloux tous les petits-enfants présents dans la fosse. Des personnes qui auront d'ailleurs été encore plus jaloux de la fille du premier rang invité à monter sur scène et profiter d'un morceau presque rien que pour elle avec un petit sourire en coin de Seasick Steve : le petit coquin ! Ce groupe tout sauf jeune a très bien vieilli, contrairement à d'autres de leur âge voire moins jeune et a reçu un très bon accueil du public mi-français, mi-étranger. Décidément, le public du jour est en forme et a réservé un très bon accueil à tous les groupes, la preuve avec le concert qui suivit : Walk Off The Earth. Malgré de gros problèmes de sons qui n'a apparemment pas dérangé les fans et qui était pourtant insupportable : il y avait une résonance à chaque coup de batterie, du coup la plupart des morceaux ressemblaient à une grosse soupe indigeste. Bien triste car leur prestation musicale était vraiment très bonne. Ceux qui ont suivi le concert en streaming dans leur fauteuil auront eu un meilleur son, preuve que c'était bien un problème en façade. Dommage pour les dizaines de milliers de personnes présentes comme nous... même si, comme on le disait précédemment, la plupart ont pris leur pied malgré tout : peut-être n'ont-ils pas remarqué ce soucis ? Ce groupe qui ressemblait parfois plus à une fanfare qu'autre chose a alterné compositions et covers durant tout le set en teasant plusieurs fois leur plus gros tube : Sing It All Away... pourquoi donc ? Un peu comme si c'était leur seul morceau connu, c'est insulter son propre groupe. Un peu comme si Pennywise teasaient Bro Hymn toutes les 3 chansons... chacun sa façon de faire dira-t-on. Au rayon des covers, on notera donc Shape Of You de Ed Sheeran en ouverture de set, Happy de Pharell Williams, Hello de Adele, Closer des Chainsmockers et Champs-Elysées partiellement jouée notamment pour faire plaisir aux fans parisiens. Teasé 3-4 fois, c'est en clôture que leur single Sing It All Away a enfin été joué, illustré par un backdrop spécial qui, malheureusement pour eux, ne s'est pas dévoilé comme il le fallait. Une prestation agréable donc mais qui aurait pu mieux donner sans problème de son.

Retour sur la Main Stage 2, décidément très rock'n'roll aujourd'hui, avec Rival Sons. Au programme, du gros rock venu du désert américain lancé sur le célèbre thème du film "Le bon, la brute et le truand" ! Pour la plupart mis sur leur 31, le quatuor va donner pendant une heure une leçon de blues rock, version moderne du style en vogue des années 70's influencés par des légendes telles que Led Zeppelin, The Doors, Deep Purple et un peu d'Aerosmith. Même sans connaître le groupe, il est très facile de se laisser emporter par la musique de Jay Buchanan et ses collègues de Long Beach. Mention spéciale à leur titre Electric Man ! Si le groupe était né 40 ans plus tôt, il n'aurait pas été loin de remplir les stades. Un groupe qui remplit des stades ou presque, c'est bien Editors, le groupe qui les succède sur la Main Stage 1 à une heure devenue peu habituelle pour eux. Habitués à jouer dans les têtes d'affiche notamment en Belgique depuis 6, ils ont dû se contenter de 17h30 ici à Paris. A vrai dire, je n'ai personnellement jamais compris leur succès. Ca permettra d'aller faire un tour au bar et aux toilettes : ce qui a pris presque l'intégralité de leur set. Ce qui a permis de constater la grande foule déjà amassée devant de la MS2. Pourquoi ? Parce qu'une légende britannique est sur le point de débarquer sur les planches de l'Hippodrome de Longchamp. Mesdames et messieurs, une des plus grandes gueules du rock britannique de ces 25 dernières années : Liam Gallagher, ex-Oasis pour ceux qui manqueraient de culture. Il y en avait tout de même quelques uns sur place. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas trop changé depuis la fin d'Oasis. Un groupe auquel il a mis un terme ici-même il y a 8 ans durant le festival Rock En Seine le 28 août 2009 après une Xème altercation avec son frangin Noël. Si nous avions fait un sondage pour savoir qui dans le public connaissait les titres écrits par cette grande gueule british, peu auraient pu répondre par l'affirmative. De fait, son premier album ne sortira qu'en octobre. Et peu de gens auront sûrement été jeté une oreille sur YouTube pour voir ce qu'on y trouvait déjà. Ils n'étaient pas vraiment là pour voir Liam Gallagher mais pour voir l'ancien chanteur d'Oasis. Heureusement pour eux, la moitié des chansons du jour sont du répertoire du défunt groupe. Et tout ce qu'ils attendaient était de pouvoir chanter Wonderwall : un souhait qui a été exhaussé en final de ce très bon concert et qui aura été un des points d'orgue de cette journée. Du premier rang de la MS2 au fond de la MS1, plus de 30.000 personnes chantaient d'une voix ce titre incontournable. Chanté par son véritable chanteur et son timbre unique, c'est évidemment un moment magique pour ceux qui n'ont eu la chance de voir Oasis en live en son temps.

Lentement mais sûrement, on approche de la fin de cette journée où il ne reste que 3 groupes à écouter sur les deux scènes principales. Et c'est une autre légende qui se présente devant nous sur la Main Stage 1 dans le décor le plus basique possible : les Pixies. Si une partie du public n'attendait évidemment qu'une chose : écouter et chanter Where Is My Mind, une bonne partie du public était aussi là pour écouter l'intégralité de leurs tubes enchaînées à vitesse grand V durant une heure ! De Gouge Away à Vamos, ce sont 19 titres qui ont été servi au public français ! Du moins à moitié français car d'après les statistiques du festival, 50% du public était français et 50% venait de l'étranger, à commencer par la Belgique comme nous. Mais Français, Belge, Hollandais, Luxembourgeois, Anglais, Suisses, Espagnols ou autres, nous parlions la même langue : la musique. Et lorsque l'on a devant nous un groupe tel que les Pixies toujours en pleine forme avec un line-up quasi originel, on ne peut que s'incliner, chanter et profiter. C'est l'album "Doolittle" qui a été le plus mis en avant avec 7 chansons jouées ce soir : 7 chansons jouées sans fausse note, 7 chansons qui n'ont pas pris une ride, 7 chansons qui ont presque toutes reçues une acclamation méritée. Quelle meilleure façon de nous préparer à la tête d'affiche ? Si celle-ci suivait juste après car la tension est redescendue d'au moins un cran pendant une heure avec la prestation de l'OVNI de la journée sur cette affiche : Lana Del Rey qui clôturait une programmation très rock'n'roll sur la seconde Main Stage. Mais vu le nombre de personnes déjà présentes pour elle des heures avant l'ouverture des portes, c'était un beau succès au niveau des chiffres. Musicalement, il faut aimer. Mais à l'applaudimètre, elle s'est fait battre par les Californiens des Red Hot Chili Peppers.

C'est sous la drache nationale comme on dit chez nous que Chad, Flea et Josh sont montés sur scène pour improviser un jam au gros son comme ils en ont l'habitude. Une des grandes énigmes avant leur concert était de savoir la set-list à laquelle on aurait droit ! Contrairement à beaucoup de groupes, elle est différente chaque soir. Seuls quelques uns de leurs plus gros tubes sont d'office joués et le rappel est presque toujours identique mais dès le premier morceau, c'est une surprise : aurons-nous droit à Can't Stop, à Around The World ou comme ce fut le cas à d'exceptionnelles occasions, Dark Necessities ? Ce soir, c'est au très énergique Can't Stop de lancer officiellement les hostilités. Le son est tip tip, leur décor fait de 5 grands écrans circulaires fait le job tout comme nos 4 Californiens préférés. Après un Dani California repris en choeur, c'est la première surprise de cette set-list : The Zephyr Song, sorti sur l'album "By The Way" en 2002 !

Le groupe a beau avoir été critiqué pour ses deux derniers disques, certes pas les meilleurs mais malgré tout de haute facture, ils n'ont strictement rien perdu de leur énergie scénique, de leur sens du groove ou de leur faculté à improviser dès que l'occasion se présente. D'autant que Josh s'affirme de plus en plus, lui qui était très réservé à ses premières tournées en tant que guitariste principal il y a déjà 6 ans ! Mais c'est sans surprise que les anciens titres ont eu (un peu) plus de succès que les nouveaux malgré les chants à tue-tête du premier rang pour le doublé Dark Neccessities / The Adventures Of Rain Maggie. Mais après ça, les surprises se sont enchaînées : I Wanna Be Your Dog (cover de The Stooges), Me And My Friends vieux de 30 ans, Tell Me Baby presque plus joué ces dernières années, Higher Ground (leur célèbre cover de Stevie Wonder sortie le disque "Mother's Milk" en 1989) ou encore Soul To Squeeze. Encore une fois, les Red Hot avaient décidé de gâter leur public parisien ! 

Encore une fois, leur set est passé à une vitesse éclair digne de fût le Concorde. Les tubes (ont-ils autres choses ?) succédaient à d'autres tubes. Le public était en forme malgré cette météo dégueulasse. Le son a rendu honneur au groupe. Qu'aurait-il fallu de plus ? Un set plus long certainement. Seulement 90 minutes est très peu quand on connaît la quantité de morceaux que l'on pourrait avoir : Otherside, Around The World, Parallel Universe, Blood Sugar Sex Magic, Detroit, Under The Bridge, Suck My Kiss, Nobody Weird Like Me, Snow... etc. Toute leur discographie pourrait y passer ! Mais ne faisons pas notre fine bouche : c'était sûrement la dernière fois que l'on voyait le groupe en Europe avant 4 ans comme à leur habitude.

Copyright : Nicko Guihal / Lollapalooza

Malgré des gros problèmes au niveau des sanitaires et des files d'attente le bar, l'organisation de cette première édition du Lollapalooza Paris fut plutôt une réussite ! Avec les Red Hot Chili Peppers, The Weeknd, Lana Del Rey, DJ Snake, Imagine Dragons, Pixies, London Grammar, Alt-J ou encore Editors, ce line-up avait franchement de la gueule dans son style. Nulle doute que cette édition en appelera d'autres dans le futur !