Papa Roach - Crooked Teeth

Papa Roach, c’est un peu comme un premier flirt quand vous étiez en train de découvrir l’adolescence. Vous étiez un jeune rebelle à l’époque et trouviez que c’était vraiment un bon coup. Puis cette attirance a diminué avec l’âge, la faute à cette ex qui a très mal vieilli une fois sa période boutonneuse à succès dépassée. Mais à chaque fois qu’elle repasse, vous ne pouvez pas vous empêcher d’y regoûter par nostalgie, en souvenir du bon vieux temps. Et très rapidement, malgré une première impression potable, vous vous souvenez pourquoi vous l’avez mise de côté. Malheureusement, c’est ce même schéma qui se répète encore et encore avec Papa Roach depuis maintenant 3 albums.

Le groupe ricain nous avait pourtant mis l’eau à la bouche avec leur single Help : pour la première fois depuis au moins 5 ans, ils nous sortaient une chanson qui avait de la gueule, qui nous donnait le sourire à la première écoute et qui nous motivait à écouter l’album en entier. Pas de fioritures, pas d’effets pseudo-modernes non-stop : Jacoby nous crie un “I Need Help” plein d’émotions sur une musique classique mais carrée, rentre-dedans comme on avait l’habitude d’en avoir il y a 10 ans. Pour une première fois depuis longtemps, un titre de Papa Roach sentait la sincérité. Autre single et autre sentiment positif avec Crooked Teeth qui donna d’ailleurs son nom à l’album et qui nous rappelait l’époque des deux albums “Metamorphosis” et “Time For Annihilation“ sortis respectivement en 2009 et 2010. C’est punchy, à un tempo rapide accompagné d’un court solo de guitare : très convenable.

Mais le risque avec ces deux premières impressions est qu’elles soient les seules de l’album… On vous balance les meilleurs titres en single et puis le reste de l’album est à jeter à la poubelle. Premier test pour confirmer ou non cette hypothèse avec le morceau d’introduction, Break The Fall : un bon rap de Jacoby, un refrain bien mainstream mais pas dérangeant et un gros son. Pas révolutionnaire mais plus qu’acceptable ! Après Crooked Teeth placé en piste 2, place à My Medication… banal. Quid de Born For Greatness au titre assez présomptueux au premier degré ? Il y a un petit côté Muse mais de l’époque post - 2012. Bref, ce morceau est bon pour la casse. American Dreams remonte un poil le niveau : ça sonne déjà plus rock mais c’est plat. Autant ça passerait pour un premier essai d’un jeune groupe, autant ce n’est plus acceptable pour une formation de la carrure de Papa Roach.

C’est sur la piste 6 qu’on touchera vraiment le fond : Periscope avec Skylar Grey en guest. Si vous ne connaissez pas l’artiste, sachez qu’elle a participé à de nombreux projets de stars mondiales : Eminem, David Guetta ou encore Nicki Minaj pour ne citer que les plus récents. Mais Papa Roach est le premier groupe dans la sphère rock avec lequel elle participe. Et elle aurait pu s’abstenir. Loin de rejeter la faute sur elle, l’idée de ce morceau vient certainement, malheureusement, de Papa Roach mais le résultat ressemble aux atrocités du nouveau disque de Linkin Park sorti également ce 19 mai 2017.

Nous venons sûrement d’écouter la pire chanson écrite par le quatuor américain. Heureusement, le single Help vient juste après pour nous réconforter et nous rappeler que Papa Roach savent encore sortir des bons titres ! Comparé à Periscope, il nous paraît presque être un titre mondial.

On enchaîne avec un second morceau à featuring avec cette fois Machine Gun Kelly. Ce n’est ni bon, ni mauvais. C’est simplement une balade entre rap et chant classique de Jacoby alternant les chorus avec MGK sur une thématique plutôt sombre racontant l’histoire d’un jeune qui a sombré dans la drogue, vu son meilleur ami mourir et qui subit sa vie tous les jours. De quoi faire le lien parfaitement à l’avant-dernier morceau, déjà, de cet album : Traumatic. Si on n’est pas au stade du traumatisme, on n’en est pas loin. Et c’est None Of The Above qui a la lourde tâche de conclure ce disque mi-figue mi-raisin qui résume bien cette écoute poussive : quelques passages bien pensés par-ci, par là mais dans l’ensemble, ça reste décevant.

Au final, en voyant passer l’info d’un nouvel album de Papa Roach, on s’est laissé tenté. On a repensé à l’époque pas si lointaine où on chantait à tue-tête les refrains de Last Resort ou Broken Home. Puis on a goûté à ce “Crooked Teeth” et le souvenir douloureux des deux derniers risques des 4 Ricains est rapidement revenu à la surface. Si le groupe reste une valeur sûre en live, Jacoby en tête, ils ont perdu cette folie dans l’écriture de leur musique. Ils essayent beaucoup mais sans grand succès. Si on se fera un plaisir d’écouter Help et Crooked Teeth en live et les ajouter à une playlist pour occuper notre après-midi, ce ne seront pas des tubes qui resteront dans les anales. A quand des tournées anniversaires des premiers splendides albums ?