Stick To Your Guns

Nous sommes le 26 novembre 2017. Soit 42 jours après le crime : la sortie de "True View", meilleur album hardcore de l'année. Les suspects principaux, originaires de Californie, sont au nombre de 5 et sont regroupés sous le nom Stick To Your Guns. Ce jour-là, nous les avons rencontrés pour avoir leur version des faits. Et ils vont vous les conter aujourd'hui via notre site. Cette histoire, c'est leur histoire. Et ce soir, ça va se savoir !

Commençons directement par la question la plus importante en cette période de fête et 5 jours après Thanksgiving : est-ce que Josh a réussi à manger sa tarte à la citrouille en moins d'une minute ?

Josh (guitariste) : C'est la première fois que j'en étais si proche en 5 ans. Vraiment proche. L'année prochaine sera la bonne, j'en suis sûr ! En la mangeant, je me disais : "Soit tu es un winner, soit tu es un loser". Plutôt loser du coup... Je n'étais pas très en forme avant de commencer, je ne m'en sentais pas capable. Puis après voir fini la deuxième part, Jesse, je pense, m'a regardé "Oh my god Josh" et moi je me disais "Yeah"... c'était vraiment bien parti ! Mais malheureusement, ça n'a pas suffi.

On y croit pour la prochaine année ! Même s'il faut avouer que c'est tout de même une drôle de tradition... revenons-en à la musique et votre nouvel opus "True View". Vous avez commencé le teasing en juillet en sortant un artwork pour chacune des chansons ainsi que les paroles. Drôle d'ordre pour faire les choses. D'où vous est venue cette idée ?

Josh : Chaque chanson a sa propre atmosphère et du coup, chacun pouvait avoir son propre visuel. Du coup, on s'est dit pourquoi ne pas l'utiliser comme teasing ? Ce serait plutôt original et changerait de d'habitude. On essaye toujours d'innover un peu, pas faire les choses comme tout le monde. En plus, ça permettait de porter aussi un peu plus l'attention sur chaque chanson une par une, plutôt que tout découvrir d'un coup.

Est-ce que vous espériez peut-être que des fans essayent de composer des chansons sur base de ces paroles et thématiques ?

George (batteur) : Je pense que certaines personnes ont vraiment essayé. Je l'aurais sûrement fait à leur place. On aurait aussi pu leur demander si d'après eux, au vu des paroles, la chanson aurait été plutôt violente, plus douce, entre les deux. Ils auraient peut-être vu juste... ou pas !

Jesse (chanteur) : Si on prend l'exemple de Doomed By You, c'était une des chansons préférées des fans rien que pour les paroles. Et une fois l'album sorti, quand ils ont pu mettre de la musique sur ces paroles, ça a confirmé leur préférence. Même s'ils ne s'attendaient pas forcément à un morceau de ce genre. Mais en ce qui me concerne, le breakdown final est vraiment mon moment préféré de l'album !

Tu anticipes ma question suivante : quel est votre titre préféré de "True View" ?

Jesse : C'est vraiment une question très dure parce que même si j'adore le breakdown de Doomed By You, aller jusqu'à dire que c'est mon morceau favori serait faux. J'aime énormément 3 Feet From Peace ainsi que Delinelle. Donc honnêtement, je sais pas te dire.

Josh : Choisir une chanson en particulier est très compliqué car, pour moi, c'est la première fois qu'un de nos albums sonne comme une pièce complète tu vois. Sur les disques précédents, même si je les adore évidemment, il y avait toujours des morceaux qui sortaient du lot. Soit plus accrocheurs, soit plus susceptibles d'avoir du succès auprès de tout le monde. Alors que "True View" est vraiment homogène de la première à la dernière seconde comme si c'était un seul morceau divisé en sous-parties. Mais sur notre set live actuel, ce que je préfère jouer est clairement le breakdown de Doomed By You ! 

Hâte de l'entendre ! Heureusement, elle ne fait pas parti des morceaux que vous avez retirés de la set-list du début de tournée. Comment avez-vous choisi ceux à enlever (We Still Believe, Left You Behind, The Reach For Me) ?

Jesse : Les chansons plus soft (Left You Behind et The Reach For Me étaient toujours jouées en acoustique) sont les plus dures à chanter pour moi. Donc avec mes problèmes vocaux actuels, c'était impossible à faire. Et aussi déconseillé. Donc on a tout simplement retiré cette partie du set sans en rajouter d'autres à la place pour pouvoir tenir sur la durée (ndlr. la tournée était encore longue de 16 jours).

Contrairement aux disques précédents précédents, il y a très peu de guests cette fois : la seule étant la mère de Jesse sur 3 Feet From Peace...

Josh : Je ne l'avais jamais vu comme ça ! (rire général)

Jesse : Cette chanson, 3 Feet From Peace, a été écrite en grande partie par Chris. Il ne manquait plus que l'intro. J'avais eu ce message vocal de ma mère il y a longtemps et j'essayais de m'en inspirer pour le retranscrire dans mes paroles mais sans succès. Du coup, je l'ai envoyé aux autres gars du groupe en leur expliquant en quoi ce message était vraiment important pour moi, qu'il était une des raisons pour lesquelles ce disque existe aujourd'hui avec certaines de ces paroles et que je voulais le mettre dessus. Ce qui en soi est plutôt original, c'est un peu comme si je leur demandais : "Est-ce que ça vous va si ma mère est sur l'album ?". Mais elle a toujours été une grande inspiration pour moi dans ma vie de tous les jours donc rien d'étonnant à ce qu'elle se retrouve aussi dans ma musique.

George : De quoi parle le disque ? Demande à la mère de Jesse ! (rire général suivi d'une belle imitation)

Et ça va, elle n'a pas demandé de royalties ? 

Jesse : Non ! Tant qu'elle ne le fait pas en live ! (rire général)

Vous avez sorti 3 singles en tout pour "True View". Et à la première écoute de Married To The Noise, ce qui fut le plus surprenant était ton "clean" sur le refrain. Ca évolue d'album en album à ce niveau-là. Est-ce que tu t'entraînes avec pour but de chanter clair ou l'idée vient juste naturellement avec la musique ?

Jesse : C'est vraiment une évolution naturelle. Je ne suis jamais arrivé en studio pour préparer ou enregistrer un morceau en me disant que je voulais chanter de telle ou telle manière. Je laisse juste sortir ma voix comme elle a envie de sortir. Un peu au feeling. Un autre type de voix peut te changer totalement un morceau.

Josh : Ou parfois, c'est notre producteur qui donne quelques pistes à essayer en studio. La première fois qu'il a chanté en clean pour cet album, on était sur le cul avec Chris. Ca sonnait vraiment comme le morceau devait sonner ! Ce n'est pas comme s'il avait forcé avec sa voix : c'est comme ça qu'il chante, c'est tout. Et ça étonne pas mal de gens.

Et comment s'est passé la composition de "True View" ? Vous êtes non-stop en tournée depuis la sortie de "Disobedient" ou votre dernier EP.

George : Je dois avouer que c'est moi qui ait composé les lignes de batterie ! (rire général)

Josh : La plupart des chansons ont été écrites par moi et Chris dans son home-studio. Quand une chanson-démo était finie, on l'envoyait aux autres qui donnaient leur avis et/ou rajoutaient des parties.

Jesse : Il y a deux très bons amis qui ont aussi énormément aidé à l'écriture en dehors de nous 5. Tout d'abord, notre producteur Derek (ndlr. déjà producteur de l'EP "Better Ash Than Dust") qui a écrit 2 morceaux avec nous et un autre amis qui a composé un morceau. Josh et Chris composent magnifiquement bien mais avoir un oeil extérieur en plus dans l'écriture est une bonne chose.

George : Derek m'a également bien aidé pour le placement de la batterie sur certains riffs. Je ne me sentais pas confortable en jouant toutes les parties que j'avais prévues. Il a été d'une grande aide dans la structure des morceaux.

Et vous êtes directement aller en studio avec ces démos ? 

Georges : Nous avons un peu innové cette fois. Avant le studio, nous avions prévu 10 jours de pré-production, ce qui était vraiment plus long que d'habitude. Pour les disques précédents, on faisait parfois 2 voire 3 jours de pré-prod. Mais là, carrément 10 longues journée ! Après le Groezrock, j'étais resté un peu en Europe avec ma femme et Josh m'a appelé pour savoir si je pourrais prendre le vol avec ma batterie électronique... ce que j'ai fait. Ce qui est plutôt dingue à imaginer, je trouve. Chris avait toutes les démos chez lui et on a retravaillé morceau par morceau.

Lorsque l'on s'est vu au Groezrock, vous aviez 20 morceaux prêts. Il y en a 11 de sortis. Où sont les 9 autres ?

George : Envoyés tout droit dans la corbeille ! Enfin, pas tout à fait. On a pioché quelques riffs ci et là dans des démos non-finalisées pour l'album. Et on a aussi composé 4 titres en studio donc on peut dire qu'on en a même eu 24 en tout !

Et concernant les paroles ? Je sais que tu as l'habitude, Jesse, de les écrire plutôt en studio. Quid de cette fois-ci ?

Jesse : J'ai toujours une idée de ce dont je veux parler dans nos morceaux. Mais avant le studio, c'est compliqué parce que Chris a écrit des morceaux, Josh en a, Dereck en a aussi préparées de son coté, etc. Je préfère attendre d'avoir vraiment les versions finales pour travailler correctement dessus, c'est ce qui parait le plus logique de faire pour moi. D'autant que je savais que beaucoup espéraient que je parle de politique et Trump notamment, de religion, des médias, de problèmes sociaux... mais je n'en avais pas envie. Certains titres en parlent tout de même mais ce n'est pas du tout le fil conducteur du disque. Et encore une fois, je l'ai dit aux gars et ils l'ont accepté de suite, ce qui m'a retiré un peu de pression d'avoir leur aval parce que je pensais que ça poserait problème mais ce ne fut pas du tout le cas. Je voulais être certain d'être libre dans mon écriture. Presque chaque chanson a été écrite pour une personne en particulier tu sais.

Et qu'en est-il du titre "True View" de la pochette avec carte du monde au centre ?

Josh : On voulait montrer que la Californie est un endroit unique, un peu séparé du reste du monde ! (rire général)

Jesse : J'ai décrit de quoi parlaient les chansons à mon bon ami Donnie qui a déjà réalisé d'autres designs pour STYG mais aussi pour Trade Wind donc il connait ma façon de raisonner. L'idée générale de l'album traite de ta vision du monde, de ta place dans celui-ci, du chemin que tu essayes d'y tracer et cette carte, accompagnée des designs spécifiques à chaque chanson autour, la représente très bien je trouve. 

Ou ça peut aussi servir aux fans pour faire une croix à chaque endroit où vous avez joué. Car on peut enfin rajouter une ville à votre tableau de chasse : Bruxelles ! Enfin ! J'ai vu que vous avez un peu visité la ville en début de journée, n'est-ce pas ?

Josh : Ouais, on a été au Marché de Noël ! On n'a pas ce genre de choses aux USA. Dans quelques villes peut-être mais pas de cette taille-là. En général, tu auras juste une patinoire, un grand sapin, quelques stands pour manger et c'est tout. L'idée du "Marché de Noël" n'est pas commune chez nous.

Et que pensez-vous de cette salle ?

George : C'est ridicule ! (rire général) Non, plus sérieusement, on est un groupe qui s'appelle Stick To Your Guns. Et on va jouer là ? C'est dingue !

Jesse : Je discutais avec les gars de Being As An Ocean quand on est arrivé ici ce matin et on comparait cette salle notamment par rapport à l'Allemagne où on a joué jusque hier. Et c'est totalement différent. En Allemagne, la plupart des salles où on a joué, de même capacité ou plus grande, ressemblent plus à des hangars/des squats aménagés qu'à des salles comme celles-ci. Eux ont joué une fois dans une salle aux Pays-Bas où le parking pour le bus était carrément dans la salle avec une scène qui était sur un plateau tournant... etc. Alors que c'était une salle d'une capacité d'à peine 500-600 personnes ! Tu n'as pas ça ailleurs. Une différence de culture je suppose. 

Chris (guitariste) : Aux States, tu peux avoir des salles de cette qualité mais alors elles ont une capacité d'au moins 5000 personnes tu vois.

Josh : La salle est géniale, on espère que le concert le sera tout autant ! Sans barrière, les fans pourront faire des stage-dives en nous envoyant des spéculoos ! (rire général)

George : Je rajouterai que techniquement, ce n'est pas la première fois que Stick To Your Guns est à Bruxelles car nous sommes passés par ici pour aller à l'Ieperfest. J'avais un peu visité la ville, remarqué à quel point les gens étaient gentils ici. Mais de fait, premier concert ! C'est dingue d'avoir joué tant de fois en Belgique mais jamais à Bruxelles !

Andrew (bassiste) : C'est vrai qu'on a surtout l'habitude de jouer à Anvers où les concerts sont toujours très bons mais j'ai hâte de voir ce que ça va donner ici ce soir.

Copyright : ©Jaqen Hghar (Live-report du concert à Brussels visible ICI).

Je suis étonné de ne pas voir Bringing Your Down sur la set-list alors que vous avez Carl et First Blood sur la tournée...

Josh : C'est la vie, mec, il faut faire des choix dans la set-list...

Andrew : On a commencé beaucoup de nos concerts en Europe l'été dernier (ndlr. 2016) avec ce morceau et on a eu une bonne réaction donc on le jouera encore, ne t'en fais pas. C'est vrai que ça aurait pu le faire avec Carl sur cette tournée mais il y aura d'autres occasions.

On croise les doigts ! J'aimerais terminer l'interview avec une anecdote te concernant Jesse. Lors d'un concert à Berlin en 2015, quelqu'un t'avait envoyé une bière à la figure sur le premier morceau et après une courte discussion avec lui, tu as insisté pour qu'il reste dans la salle. La plupart des chanteurs l'aurait sûrement mis dehors dans cette situation...

Jesse : Je pense que l'endroit où ça s'est passé et la culture du pays peut jouer. D'après moi, ce n'était pas un gars méchant qui voulait vraiment me balancer sa bière à la figure mais plus un mec bourré qui a fait quelque chose de stupide. Mais malgré tout, j'ai vu toute la scène depuis le début. Je l'ai vu prendre sa bière en main, la regarder, me regarder, la regarder puis juste l'envoyer sur moi. Je suis directement descendu de scène pour le voir et les gars de la sécurité ont commencé à paniquer parce qu'ils n'avaient pas vu ce qu'il s'était passé. Mais je ne voulais pas le mettre dehors, juste lui dire deux mots. En plus, sa copine l'avait déjà giflé devant tout le monde, ça lui avait déjà remis les idées en place je pense.

Josh : J'imagine le mec bourré en train de regarder Jesse et de se dire : "Peut-être que ce mec a soif, peut-être que ce mec a aussi envie de bière" et hop, il te l'envoie ! (rire général)

Jesse : Voilà, c'est le genre de bêtes choses qui arrivent souvent. Juste que là, ça m'est arrivé en pleine figure alors qu'on commençait à peine le concert. Ca m'a énervé.

Je suis sûr que ça n'arrivera pas ce soir et que ce concert sera mémorable (ndlr. De fait, ça l'était !) ! On se revoit bientôt !