While She Sleeps - You Are We

Le financement participatif des fans et la production dans une approche DIY : est-ce l'avenir de la musique, du moins dans le metal et hardcore ? En réussissant leur pari un peu, While She Sleeps ont en tout cas donné les bases pour justifier cette hypothèse. Au final, ce sont 4718 Anglais qui ont participé cette à campagne offrant 44 contreparties différentes allant d'une copie digitale de l'album pour 8£ à la bague home-made créée à l'aide de cordes de guitare utilisées pour l'enregistrement de l'album pour 159£... Du point de vue de la communication, While She Sleeps fait partie des meilleurs groupes metal/hardcore au sens large, très large. L'image de fraternité qu'ils arrivent à faire passer via le groupe, les concerts spéciaux, les rencontres avec les fans... bref, tout ce qui permet aux fans de se sentir important et faire partie des Sleeps Brothers. Pour boucler la boucle, le disque s'appelle "You Are We". Mais d'un point de vue musical...

Leur second full-length "Brainwashed" n'avait déjà pas répondu à toutes les attentes après le succès de "This Is The Six" mais contenait tout de même quelques bons morceaux avec notamment Our Legacy qui est certainement dans le top 3 des meilleurs morceaux écris par le groupe ! Malgré ça, nous étions tout de même plein d'espoir pour ce "You Are We". Et cet espoir est vite retombé comme un soufflet au fur et à mesure que les singles étaient mis en ligne. Le comble étant le titre Silence Speaks avec un featuring de 23 secondes d'Oliver Sykes de Bring Me The Horizon : inutile au possible. Si ce n'est booster la promo du groupe : le clip est à 5.412.389 vues sur YouTube en 3 mois, de loin leur record. Mais musicalement, cela n'apporte strictement rien.

Pendant les premières dizaines de seconde du premier morceau, You Are We justement, on s'est imaginé revenir 5 ans en arrière avec des mélodies rappelant Believe (issu du premier album "This Is The Six") puis on est retombé de notre nuage : trop longue, trop de parties vocales de Mat et le chant de Lawrence n'est pas beaucoup plus agréable à entendre. Ils ont tenté de nouvelles choses mais sans grande réussite. Lawrence est d'accord avec nous mais sûrement pas sur le résultat : Ce qu’on a voulu, c’est surtout essayer de nouvelles choses. Je dirais que dans ce nouvel album, il y a beaucoup plus de chant que d’habitude. Mat chante un peu plus aussi, on a essayé d’incorporer plus de choeurs. C’est aussi plus mélodique, à mon avis. On a voulu rendre les parties heavy un peu plus joyeuses. Peut-être que c’est un nouveau style pour nous (extrait d'une interview du groupe parue le 1 avril sur La Grosse Radio).

Rendre les parties heavy un peu plus joyeuses ? Retirer les parties heavy propices au moshpit en gros mais dit de manière polie. Personne n'est contre l'évolution musicale, à part les écervelés dont on ne tiendra pas compte ici, tant que c'est bien fait. Et ici, c'est loin, très loin d'être le cas. On s'emmerde royalement pendant exactement 50 minutes et 58 secondes. Les raisons de cet échec sont légions : les nombreuses parties vocales en voix claires, les rythmiques basiques, les chœurs rarement réussis, la longueur des morceaux... 

J'avais conclu ma chronique de leur premier disque "This is The Six" avec cette phrase : While She Sleeps continue donc de convaincre avec ce nouveau disque et s'inscrit comme un fer de lance de la nouvelle scène metalcore anglaise... la vérité d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui malheureusement. Les Britishs ont essayé avec très peu de réussite de suivre leurs aînés de Bring Me The Horizon en quittant quelque peu les limites du metal pour toucher le public rock dans sa globalité. On peut être originaire de la même ville, soigner son look et se casser la voix : ce n'est pas un gage de réussite. Bref, si vous avez 50 minutes à perdre, regardez plutôt l'épisode d'une bonne série (non, Erik, pas Grey's Anatomy) !