Wolves Scream - Vestiges

Elu par notre jury de professionnels « Album belge le plus attendu en 2017 » lors de nos MusicAll Awards, nous avons eu la chance de l’écouter en intégralité près de 2 mois avant sa sortie physique le 18 mars lors de leur release à l’Ancienne Belgique. C’est plus qu’un cran au-dessus de leur MJ locale où ils avaient fêté la sortie de leur EP « Hurricane » ! Aujourd’hui, nous pouvons enfin vous dire ce qu’on en a pensé.

Forts de deux années dantesques sur les routes avec des passages au Graspop, Groezrock, Dour ou encore le Rock Herk, Wolves Scream ont décidé de mettre les petits plats dans les grands avec ce premier full-length à tendance légèrement allemande : studio à Cologne et label allemand avec Redfield Digital. Alors, qu’est-ce qu’il a dans le ventre ce « Vestiges » à part beaucoup de bretzels et de currywurst ?

En avant – goût, le groupe namurois avait sorti leur premier single Crow(n)s illustré par un très beau clip également récompensé aux Musicall Awards comme « Meilleur clip belge de 2016 ». C’était 10 mois avant la sortie de l’album. Une éternité. Nous avions eu un avis mitigé à l’époque sur cette chanson : même si on avait droit à quelques nouveaux riffs et rythmiques, le son de Wolves Scream se reconnaissait en moins de 30 secondes. D’une part, c’est un exploit : peu de groupes belges arrivent à se construire un son fort et unique ainsi et encore moins en si peu de temps. D’autre part, il faut savoir quitter quelque peu sa zone de confort et ne pas s’enfermer dans un style trop fermé avec le risque de tourner en rond. C’était le sentiment qui ressortait avec l’écoute de Crow(n)s.

Un sentiment présent à l’écoute des premiers titres de cet album mais qui se dissipera assez rapidement par la suite. Le premier morceau Mirrors porte d’ailleurs bien son nom : c’est le reflet du son des Namurois… mais le miroir semble ébréché car on y entrevoit des sonorités nouvelles. Des sonorités qui nous invitent à nous enfoncer dans cette brèche et découvrir ce qu’ils nous ont concocté pour la suite.  La suite, c’est un Void qui balance des riffs à vitesse grand V qui rappellent les influences d’Architects, grands frères de toute une génération de coreux. Crow(n)s est présent en troisième piste avec une courte introduction non-présente sur la version clip : un petit bonus pour avoir attendu longtemps pour ce disque. Si cette chanson nous avait laissés sur notre faim à sa sortie en single, elle prend ici une toute autre dimension entourée du reste de l’album. Un album qui entrera également dans une autre dimension à partir de maintenant. Ces 4 premières pistes étaient intéressantes mais sans non plus être éblouissantes : tout le contraire de ce qui va suivre.

Après ce début en mode diesel, cet intermède instrumental qu’est Echoes arrive à point nommé pour nous détendre et nous emporter un peu plus loin dans l’atmosphère du groupe avant d’attaquer cette seconde partie d’album. Un peu comme si nous n’avions fait qu’analyser la couverture du livre en lisant l’accroche mais sans l’ouvrir. De Oathbreaker à Vestiges, c’est un long crescendo que l’on va découvrir, augmentant petit à petit en intensité ! Accompagné d’un splendide clip illustrant une thématique forte qu’est la maltraitance des policiers sur les civils notamment aux Etats-Unis, Oathbreaker est d’une telle force que l’on reste scotché à notre fauteuil, se sentant presqu’aussi oppressé que ces victimes. Vocalement une des plus belles réussites de Lionel sur ce disque. Humans monte encore le niveau d’un cran avec l’apport important de secondes voix qui rajoutent du coffre et de la profondeur à cette chanson. Des backings en sing-alongs qui feront ensuite de Giants un des meilleurs morceaux de ce Wolves Scream 2.0. Mais le point d’orgue de cet album est bien ce qui va arriver maintenant : court mais sans temps mort, Voices est une petite perle quoi qu’en disent certains. Simple, direct, efficace : le quintet namurois a voulu tranché dans le lard comme au bon vieux temps sans se casser la tête et ça leur va à merveille. Et quoi de mieux qu’un morceau plein d’espoir pour clore ce disque ô combien plus sombre que ce que l’on aurait pu imaginer ? Ce disque est très homogène – un parti pris dès le début par le groupe – mais dire qu’il ne contient pas de réel tube serait un affront à leur travail : en plus de Oathbreaker, Vestiges est le porte-drapeau idéal. On y retrouve tous les anciens et nouveaux ingrédients qui font le succès de Wolves Scream. Il n’a qu’un seul défaut : ne faire que 178 secondes.

Leur titre d’album belge le plus attendu en 2017 n’était pas volé et on ne serait pas étonné de les voir décrocher la palme du meilleur album belge de l’année en décembre. Ils étaient attendu au tournant et malgré notre méfiance aux premières écoutes, ils n’ont pas déçu. Wolves Scream ont réussi là où beaucoup d’autres groupes ont essayé et essayent encore : trouver un son qui leur est propre. Le quintet namurois a su capitaliser sur le succès de leur EP « Hurricane » et poursuivre en toute logique sur cette même voie avec « Vestiges ». Ces 10 titres sont remplis d’intensité et d’émotions très sombres qui ne peuvent laisser indifférent. Wolves Scream sont en quelques sortes le Architects belge : une musique unique qui leur est propre, une musique sincère qu’ils communiquent autant que possible et deux dernières sorties musicales qui changent leur carrière de musiciens à jamais. Ces 5 Belges peuvent voir loin, très loin.